Comme l’écrit Le Monde, une « Biden-mania » touche les milieux économiques et politiques français, fascinés par les deux plans de relance d’une ampleur sans précédent que Biden vient de lancer coup sur coup, 3900 milliards de dollars au total, dont, cerise sur le gâteau, 2000 seraient financés par une augmentation des impôts sur les entreprises et la taxation des multinationales.

Les médias s’enthousiasment, titrant sur la « révolution fiscale », le « changement de paradigme », un nouveau New Deal aux USA. Mélenchon, parmi bien d’autres, approuve : « c’est la bonne méthode qu’applique Biden » en faisant du « keynésianisme de base », « ils ont une politique qui ringardise le Vieux continent ».

Pas de « révolution fiscale » en effet pour le gouvernement français, bien décidé à ne pas augmenter les impôts, surtout ceux des riches. Et question « sauvegarde de l’économie et de l’emploi », c’est toujours le « quoi qu’il en coûte » avec l’annonce récente que les dettes de certaines entreprises pourraient être annulées, assortie de l’affirmation répétée en boucle que, la crise sanitaire passée, il faudra bien payer la facture.

Les « différences » entre les politiques de Biden et de Macron ne relèvent pas d’un quelconque choix entre néo-libéralisme et néo-keynésianisme ou de choix idéologiques. Elles dépendent des moyens économiques et politiques dont chaque puissance dispose pour développer son propre « plan de sauvetage », renflouer le capitalisme en déroute, dans le cadre des rapports de force internationaux. La politique de Biden s’inscrit également, sous une autre étiquette, « America is back » au lieu du « America first » de Trump, dans la logique de la concurrence avec la Chine, comme aussi avec les autres grandes puissances.

Nous voici entrés dans le 3ème confinement jusqu’à la mi-mai d’après Macron, qui ne s’est pas risqué à donner le moindre objectif chiffré de seuil de contamination à atteindre. Le bluff et la méthode Coué continuent, au point que 61 % de la population ne croit même pas au calendrier annoncé.

Face à la progression de la Covid, Blanquer a dû faire machine arrière sur la fermeture des écoles. Mais pendant des mois, rien n’a été fait pour dédoubler les classes ou mettre en place un véritable protocole dans les cantines scolaires, avec du personnel supplémentaire et la réquisition de bâtiments inutilisés. Les écoles devaient rester ouvertes pour que les parents continuent d’aller faire tourner la machine à profit !

Sur fond de pandémie et d’une catastrophe sociale en cours l’échéance électorale de la présidentielle de 2022 obsède le monde politicien d’autant que l’hypothèse d’un séisme politique portant l’extrême-droite aux affaires devient une menace bien réelle. Pour le monde du travail, il est indispensable de prendre ses affaires en main, d’intervenir sur le terrain politique, y compris électoral et institutionnel, pour faire entendre sa propre voix en toute indépendance des calculs et manœuvres électoralistes qui agitent les bouts épars de la gauche gouvernementale.

L’organisation de réunions entre étudiants victimes de racisme, dans un cadre de non-mixité choisi, a valu au syndicat étudiant l’UNEF une attaque hystérique de l’extrême droite à la droite extrême… Le Pen réclamant des poursuites judiciaires pour « provocation à la discrimination raciale » en dénonçant l’« escalade raciste de la part d’une partie de l’extrême gauche qui s’affranchit de toutes les règles légales morales et républicaines ». De son côté Éric Ciotti, député LR, a dénoncé : « la gauche racialiste toujours plus sectaire ! ».

Dimanche 28 mars, dans près de 180 villes, plus d’une centaine de milliers de manifestants ont dénoncé le projet de loi « climat et résilience » censé être la traduction, « sans filtre » comme l’avait promis Macron, des propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

Pour les organisateurs, une très large coalition d’associations, de syndicats et partis, il s’agissait avec cette « marche pour une vraie loi climat », de faire pression avant son examen à l’Assemblée Nationale, mais les slogans et les pancartes traduisaient plus clairement la colère et la révolte des milliers de jeunes venus manifester : « Macron, ta loi en carton, c’est la poubelle jaune », « Sans filtre, tu nous enfumes », pour finalement poser le vrai problème : « Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé! », « La Terre brûle, brûlons le capitalisme » !

Le journal Les Echos annonçait, ce jeudi, la prochaine introduction en bourse, à Wall Street, de la société Coinbase, spécialisée dans la vente et l’achat de cryptomonnaies comme le Bitcoin. Portée par la folie qui règne sur les marchés de ces devises – la valorisation du Bitcoin a été multipliée par 4 en 2020, elle a encore doublé en ce début d’année, pour atteindre aujourd’hui plus de 50 000 euros le BTC -, le chiffre d’affaire de Coinbase, qui perçoit sa commission sur chaque transaction, s’est envolé de 137 % pour atteindre 1,14 milliards de dollars. Selon Les Echos, « Coinbase a enregistré des profits de 322 millions de dollars en 2020 […]. A la fin de l'année dernière, la plateforme recensait 43 millions d'utilisateurs particuliers. ». Son « introduction en Bourse,la première pour une entreprise de devises virtuelles, pourrait être la plus grosse de l'histoire de la tech après celle de Facebook. »

Le contraste est saisissant : alors que la situation sociale, sanitaire, économique et politique illustre la faillite capitaliste, que les institutions sont plus que jamais décrédibilisées à l’image des vieux partis qui se sont relayés au pouvoir depuis les années 80, le petit monde politicien s’agite, les yeux rivés sur l’agenda électoral. Combien de candidats à droite et à gauche à la Présidentielle, primaires ou pas ? Les Régionales auront-elles bien lieu en juin ? Le suspense est insoutenable et droite et gauche y vont chacune de leurs déclarations offusquées face à un éventuel report, jusqu’à un communiqué commun des présidents de régions toutes couleurs confondues. Les uns s’accrochent à l’espoir de maintenir leurs élus, d’autres salivent à l’idée d’en obtenir ou d’augmenter leur nombre. A gauche, les différents morceaux plus ou moins de « gauche » s’agitent et négocient, oscillent entre rivalités et amabilités… et se distribuent les postes espérés dans les arrières salles institutionnelles avec, en ligne de mire, Présidentielle et Législatives. Bien sûr le tout enveloppé des meilleurs sentiments. Quant à Macron, il se félicite. Bienvenue dans leur « monde d’après » !

Une crise sanitaire sans fin qui précipite la débâcle économique

La pandémie a officiellement fait 2,8 millions de morts dans le monde, dont plus de 300 000 pour le seul Brésil, près de 95 000 en France. Et combien de morts d’autres maladies qui n’ont pu être prises en charge à temps du fait de la paralysie des systèmes de santé ?

Cette citation choisie en titre de cet article est extraite du premier ouvrage d’Alain Bihr, paru en 1979, L’économique fétiche, depuis longtemps épuisé et introuvable en librairie, que Les classiques des sciences sociales ont mis récemment en ligne, repris dans la lettre électronique L’Anti-K[1]. « Œuvre de jeunesse, selon la formule consacrée, il en présente les défauts mais il contient aussi quelques solides intuitions que je n’ai cessé de développer entre-temps. » écrit Alain Bihr au sujet de son travail. Il est pour beaucoup d’entre nous une découverte dans laquelle se trouvent des questionnements ainsi que des éléments de réponse qui, malheureusement, ont gardé toute leur pertinence. Ils étonnent même par leur actualité et nous aident à mieux aborder nos propres questionnements au regard de cette crise du marxisme qui n’en finit pas comme n’en finit pas la crise du mouvement ouvrier.

Il nous a semblé nécessaire de partager cette découverte à partir de notes de lecture, le plus simple étant de laisser la parole à Alain Bihr en espérant ni déformer sa pensée ni dérouter le lecteur par des formulations qui peuvent paraître abstraites. Chacune et chacun sont invités à s’emparer du livre dans son intégralité. L’axe de cet article se concentre sur l’éclairage que porte l’ouvrage sur nos questionnements actuels alors que le contexte auquel nous sommes confrontés accentue la crise du marxisme comme il en accentue les causes que décrivait Alain Bihr en 1979.

Un an après le confinement du printemps dernier, la situation dans les hôpitaux est à nouveau critique dans la plupart des régions. Lundi, en Ile-de-France, les admissions en réanimation dépassaient le pic atteint lors de la 2nde vague de novembre. Une semaine avant, l’ARS ordonnait de déprogrammer 40 % des interventions des hôpitaux et cliniques. Les services de réanimation sont saturés, comme le dénonce ce chef de service de Bobigny : « On prend en pleine figure l’impact des décisions gouvernementales et on jongle avec les lits » !

Le scandale des suppressions de postes dans la santé et des fermetures d’hôpitaux de proximité est encore aggravé par l’augmentation des démissions de salarié(e)s qui n’en peuvent plus de cette situation et de ce mépris. Quant aux propos condescendants de Castex, appelant à applaudir les soignants car « ils le méritent encore aujourd’hui »… ils ne font que renforcer leur propre colère contre l’incurie du gouvernement. En un an, on aurait pu former des dizaines de milliers d’aides-soignantes, créer les conditions d’une toute autre prise en charge dans les hôpitaux, les Ehpad…

Il y a 150 ans, la Commune de Paris était proclamée. Pour la première fois de l’Histoire, le prolétariat exerçait directement son pouvoir, pendant 72 jours.

Ils étaient « montés àl’assaut du ciel » pour reprendre l’expression de Karl Marx, montrant qu’il était possible de prendre le pouvoir, trouver une forme d’Etat pour réaliser l’émancipation politique et sociale : « Quand la Commune de Paris prit la direction de la révolution entre ses propres mains ; quand de simples ouvriers, pour la première fois, osèrent toucher au privilège gouvernemental de leurs ‘supérieurs naturels’, les possédants, et, dans des circonstances d'une difficulté sans exemple, accomplirent leur œuvre modestement, consciencieusement et efficacement […] le vieux monde se tordit dans des convulsions de rage à la vue du drapeau rouge, symbole de la République du travail, flottant sur l'Hôtel de Ville ». (Karl Marx, La Guerre civile en France, mai 1871)