Il y a dix ans, le 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers faisait faillite, un an après qu’explose la crise des subprimes. L’année 2008 commençait a priori « sous les meilleurs auspices », du moins pour les tenants du système. La crise des subprimes semblait circonscrite, la croissance mondiale se prolongeait et les marchés financiers avaient retrouvé l’optimisme… 2018, les mêmes affichent la même confiance malgré les doutes et interrogations impossibles à taire. Le FMI, la Fed, la BCE prétendent que la croissance se maintiendra, tandis que le krach boursier de début février devait rapidement laisser place à une nouvelle vague d’euphorie… Wall Street bat tous ses records…

Les augures du capital ne peuvent entretenir la confiance indispensable à la folle marche de l’économie, de l’endettement généralisé et du crédit qu’en faisant du « Tout va bien Madame la marquise » leur tube préféré ! C’est en quelque sorte leur job, donner confiance pour que le casino financier continue sa sinistre musique.

Et pourtant, les logiques économiques et financières qui entretiennent la menace de krach ne sont un mystère pour personne sauf qu’il est impossible de s’y opposer sans remettre en cause tout le système. Dix ans après, elles ont engendré les conditions d’une nouvelle crise financière dont tout laisse à penser qu’elle pourrait être pire que celle de 2007-2008.

Il y a trois mois, Macron qualifiait de « pognon de dingue » les sommes consacrées aux minima sociaux. Aujourd’hui son gouvernement au grand complet se mobilise sans état d’âme pour faire la promotion du « plan pauvreté » qu’il présentera le 13 septembre.

13,6 % de la population vivent en-dessous du seuil de pauvreté en France (1015 euros par mois pour une personne seule) dont 19,1 % des moins de 18 ans, 3 millions d’enfants.

4 millions de personnes sont mal-logées ou sans domicile. 31 000 enfants n’ont pas de domicile, 9000 habitent des bidonvilles. 80 % des enfants qui sont pris en charge par l’aide sociale le sont pour des raisons de pauvreté.

Quant à la santé et aux soins, les fermetures de lits et d’hôpitaux, les déserts médicaux, la baisse des remboursements et les dépassements d’honoraires les rendent de moins en moins accessibles à une fraction croissante de la population.

Derrière la froideur des chiffres, autant de situations révoltantes alors que les capitalistes se distribuent les profits et que le gouvernement multiplie les cadeaux aux riches. Macron et ses ministres appellent ça des « inégalités de destin »… et continuent à sabrer les budgets sociaux, préparent la dégressivité des allocations chômage, bloquent la hausse des retraites et de la plupart des minima sociaux à 0,3 % quand l’inflation officielle est à plus de 2 % ! Alors que toute leur politique génère pauvreté et inégalités croissantes, ils ont le cynisme de prétendre lutter contre !

« Je ne veux plus mentir » a déclaré Nicolas Hulot en annonçant sa démission du ministère de l’environnement. Étrange aveu de celui qui fait semblant de découvrir que son action se heurtait à la « société marchande », que par ailleurs il connaît fort bien. Il continue cependant de justifier son passé de ministre et de prétendre qu’il est possible de faire évoluer les choses dans un gouvernement. Un mensonge très répandu que nous servent tous les politiciens qui postulent à aller aux affaires. Le vrai pouvoir n’est pas là, il est entre les mains des banques, des financiers, du grand patronat et des multinationales, de la machine étatique qui les sert.

Les ministres sont là pour exécuter sans oublier de veiller à leurs propres intérêts, corruption dont témoignent les affaires et autres copinages...

Il suffit de voir le budget 2019 pour se convaincre que le puissant lobby qui décide de la politique du pays est bien le patronat, les riches, la finance. Comme l’a déclaré Pénicaud, la ministre du Travail, « il faut que le gouvernement garde son image ''pro-business'' ». Il le fait avec zèle !

Les profits des grandes entreprises et les dividendes atteignent des sommets, les rémunérations des PDG et des plus hauts cadres n’ont pas de limite, les spéculateurs prospèrent…

Pour nourrir ces fortunes, Macron fait payer les salariés, la population.

Macron s’est résolu à s’exprimer sur son affaire Macron-Benalla en commençant par ironiser contre la presse, déclarant qu'« Alexandre Benalla n'a jamais détenu les codes nucléaires, Alexandre Benalla n'a jamais occupé un appartement de 300 m2, Alexandre Benalla n'a jamais eu un salaire de 10 000 euros, Alexandre Benalla n'est pas mon amant. » Une ironie bien à l’image du principal protagoniste de l’affaire, Macron-Benalla, le Janus au double visage, l’imposteur imbu de son pouvoir tout autant que de lui-même et, « dans le même temps », le voyou tout autant avide de pouvoir et de reconnaissance, sans principe ni loi, la petite frappe prête à tous les mauvais coups.

« Ce qu’il s’est passé le 1er Mai a été pour moi une trahison », prétend-t-il visant les exactions de son double assez stupide pour faire les basses besognes d’un policier tout en sachant qu’il était filmé.

Pour le reste, Macron-Benalla assume tout, sûr de son impunité, pour résumer, je suis président et je vous emmerde. Et, provocateur, « Qu’ils viennent me chercher. Je réponds au peuple français ! »

Au cours du seul mois de juin, 629 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée selon le recensement de l’OIM, organisme des Nations Unies chargé des migrations. Un chiffre supérieur à celui de juin 2017 alors que le flux des migrants était alors 7 fois plus élevé !

Depuis que l’Aquarius et le Lifeline ont été refoulés d’Italie et obligés d’errer en mer avant de pouvoir débarquer en Espagne et à Malte, les organisations humanitaires ont le plus grand mal à mener leurs opérations de secours. Cette semaine encore, le bateau d’une ONG maltaise avec une quarantaine de migrants africains était empêché d’accoster au large de la Tunisie.

Les gouvernants européens rivalisent de cynisme, à l’image de la négociation grotesque à laquelle ils se sont livrés pour se répartir les rescapés de l’Aquarius et du Lifeline.

Le 22 juin, l’Eurogroupe a conclu un accord sur la Grèce échelonnant le paiement de sa dette sur une période supplémentaire de 10 ans. Comme cet accord est intervenu à quelques jours, le 15 août prochain, de la fin du 3ème memorandum depuis 2010 qui a accordé de nouveaux prêts à l’État grec en infligeant à la population une terrible régression sociale, la presse a salué l’événement avec enthousiasme. « La crise grecque s’achève ici, cette nuit. Nous sommes finalement arrivés au bout de ce chemin qui a été si long et si difficile. C’est un moment historique », a même menti délibérément Moscovici, le commissaire européen, bien placé pour savoir que remboursement de la dette et mesures d’austérité sont programmés jusqu’en 2060 ! Des propos qui résonnent douloureusement au moment où les incendies ont déjà fait plus de 90 morts alors que le budget du service des pompiers est passé, selon des sources officielles citées par l’AFP, de 452 millions d'euros en 2009 à 354 l'année dernière, paiement de la dette oblige !

L’équipe de France en finale du Mondial a aussitôt stimulé ces politiciens qui « tricolorent », prêts à flatter le chauvinisme pour occuper le terrain.

Macron a lancé aux joueurs : « la France chavire de bonheur grâce à vous ». Le Maire s’est félicité « d'un moment de bonheur national ». Wauquiez, pas en reste, a posé pour la photo avec tous les parlementaires LR sous le titre : « Fiers d’être Bleus »… Autant de réactions qui permettent à Marine Le Pen de saluer « l'élan patriotique, l'attachement à la nation de tous ceux qui sont descendus hier avec leurs drapeaux français », pendant que l'élu RN Odoul dénonçait « Non la victoire de l'Equipe de France n'est pas celle du métissage et de l'immigration, nos Bleus n'ont rien à voir avec les migrants » !

Le nationalisme et le chauvinisme sont un réel poison pour les classes populaires, destinés à les diviser, à dévoyer leur colère, leur révolte. Ce sont ces mêmes préjugés sur lesquels s’appuie Macron, prêchant l’union sacrée aux travailleurs pendant qu’il sert les financiers et les patrons.

Des mouvements spectaculaires pour les droits des femmes, en particulier pour le droit à l’avortement, ont lieu en Amérique latine mais aussi très massivement en Espagne, en Pologne ou en Irlande depuis ces derniers mois. Issus de mouvements plus anciens, lors du Printemps arabe, ou en Inde contre des viols en 2012 ou encore aux États-Unis lors de l’arrivée au pouvoir de Trump, puis en Argentine et en Amérique latine avec le mouvement Ni Una Menos, certains parlent même d’une « quatrième vague » féministe née en 2015 (après la première de la fin du XIXème siècle au Deuxième sexe de S. de Beauvoir, celle des années 70 puis des années 90). Ce combat s’inscrit en fait dans la continuité des luttes des femmes pour l’égalité et leur émancipation, luttes qui connaissent des hauts et les bas au rythme des luttes de l’ensemble des opprimés, en relation avec l’évolution globale de la société et des rapports de forces.

Quoi qu’il en soit, il existe un mouvement bien réel qui se construit pour des droits démocratiques fondamentaux, des droits durement gagnés et toujours remis en cause comme en Pologne où l’interdiction totale de l’IVG a été remise à l’ordre du jour du Parlement le 2 juillet…

Bien au-delà de la parole libérée par l’affaire Weinstein, ce sont des luttes populaires et massives qui se développent pour la défense des droits des femmes, de toutes les femmes.

Mardi 26 juin, Macron s’est rendu à Rome pour rencontrer le Pape et recevoir le titre de « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran ». « Mon émotion est réelle » a-t-il déclaré au terme d’une cérémonie d’un autre temps, pleine de dignitaires ecclésiastiques et d’enfants de chœur. Tout ce ridicule pour un titre honorifique qui remonte à la monarchie, à Henri IV… pour sceller l’alliance des Rois et de la Papauté ! Déjà en avril dernier, devant la conférence des évêques de France, il avait exprimé son « sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé et qu’il nous importe de le réparer ».

Macron et son gouvernement se prétendent l’incarnation de la modernité, mais quand la violence de la réalité sociale fait tomber tous les masques, c’est le retour de tout le vieux fatras, la religion, la morale, les idéologies réactionnaires pour justifier leur pouvoir, leur politique au service des classes dominantes.

Ce 28 juin était une nouvelle journée de grève à la SNCF, la 36ème et dernière du calendrier perlé de l’intersyndicale. L’UNSA a sans surprise annoncé qu’elle arrêtait la grève, la CFDT l’a suspendue. SUD Rail et la CGT appellent à faire grève les 6 et 7 juillet et prévoient des dates pendant l’été. Les cheminots « débattront en assemblées générales de la suite à donner au mouvement pour gagner » a expliqué Fabien Dumas, secrétaire fédéral de SUD Rail. La fin d’une étape du mouvement, le début d’une autre alors que se partagent sentiment de fierté, détermination et interrogations sur la suite à construire.

La détermination des grévistes, des militants du mouvement, syndiqués ou non syndiqués, fait que même l’UNSA a cru bon de préciser qu’elle restait « combattive » au moment d’arrêter la grève et que la CFDT a expliqué que si elle la « suspendait » pendant l’été, « l’idée est de pouvoir garder des ressources de mobilisation à la rentrée […] les négociations sociales à venir seront longues et complexes ».

Il est clair que peu de cheminots pensent pouvoir « gagner » cet été, mais les grévistes ont conscience de mener un combat politique qui a transformé la situation et concerne l’ensemble du monde du travail. Un combat loin d’être terminé alors que le gouvernement peaufine la loi Pacte qui prévoit de nouvelles vagues de privatisations (Engie, Aéroport de Paris, Française des jeux…) et que sont en ligne de mire les aides sociales, la retraite, le statut des fonctionnaires.