La question du logement, celle de l’organisation de la société et de la propriété capitaliste
Le 8 février dernier, le DAL appelait à un rassemblement à Paris contre les dernières mesures sur le logement contenues dans la loi sur la décentralisation adoptée au Sénat le lendemain. « Malgré le niveau historiquement élevé de la demande HLM, l'objectif de 25 % obligatoire de logements sociaux dans chaque ville ne sera pas relevé après 2025. Pire, les sanctions sont adoucies à l'encontre des communes récidivistes qui depuis 20 ans payent des amendes et protègent leur ghetto de riche […] La vente en bloc de HLM à des sociétés privées est autorisée ». Au nom d’un « enjeu prioritaire de mixité sociale » introduit par la loi, certains logements ne seront pas accessibles aux ménages les plus modestes, ce qui « assèche un peu plus l'offre de HLM » dénonce le DAL.
En rupture avec l’imposture de l’union de la gauche, la nécessité d’une politique pour préparer les affrontements qui viennent
A peine connue dimanche dernier, la victoire de Christiane Taubira, désignée comme la candidate la plus à même de « faire gagner l’écologie et la justice sociale à l’élection présidentielle » par la Primaire populaire, a été ignorée par ses concurrents désignés pour la plupart à l’insu de leur plein gré comme Mélenchon, Jadot ou Hidalgo.
Christiane Taubira a obtenu la mention bien +, devançant Yannick Jadot, assez bien +, Mélenchon, assez bien -, Larrouturou passable + et en cinquième position Hidalgo à peine passable +… Dérisoire et ridicule, un épisode de plus dans le processus de décomposition de la gauche conséquence d’années de reniements et de trahisons. Taubira qui joue la marieuse des égos rivaux fut elle-même ministre de Hollande et de Valls. Tout un programme…
De la croissance inespérée aux bulles financières et à l’explosion de la dette, l’économie sous la menace d’un krach
Il y a une dizaine de jours, les médias reprenaient en fanfare deux « excellentes » nouvelles venues de l’Insee : la croissance en France aurait atteint 7 % en 2021, 0,3 % de plus que ce qui était attendu, et le nombre d’inscrits à Pôle emploi aurait baissé de 520 000 sur l’année. On apprenait aussi que les entreprises du CAC40 avaient engrangé des profits records, 137 milliards d’euros en 2021, pour 37 milliards « seulement » en 2020 et 94 en 2019. De quoi arroser largement leurs actionnaires, qui se sont partagés 70 milliards sous forme de dividendes et de rachats d’actions…
Patronat et gouvernement pavoisent. Ces résultats mirobolants seraient la justification de la politique du « quoi qu’il en coûte », le signe que cette politique va dans le bon sens, … et surtout qu’il faut la poursuivre !
Après le 27 janvier, la question des salaires et de la contestation de l'exploitation capitaliste
Jeudi 27, des dizaines de milliers de militant.es, de travailleur.ses en grève, de jeunes ont manifesté dans tout le pays pour dénoncer la dégradation des conditions de vie et de travail de l’immense majorité de la population, la précarité et les bas salaires alors que l’inflation s’emballe et qu’explosent les inégalités.
Le lendemain, l’intersyndicale a dressé un vague calendrier intégrant la journée mondiale des femmes le 8 mars, une probable énième « journée d’action » et… le 1er mai. Mais quelles perspectives au-delà de ces journées, dans quel plan de bataille s’inscrivent-elles face à l’offensive du Medef et de ceux qui le servent et aspirent à le servir, quelle politique pour unifier les luttes, les mobilisations en cours ? L’intersyndicale se garde bien ne serait-ce que de poser ces questions qui ne peuvent recevoir de réponse qu’en dehors du dialogue social et des institutions.
Le décalage est grand entre les inquiétudes, la colère, le début de reprise de confiance dans la lutte collective qui s’expriment dans les mobilisations, souvent encore sectorielles ou locales, et l’impasse de la politique de la « gauche » institutionnelle, syndicale et parlementaire.
Rivalités et paranoïas, Primaire et Union « populaires », la gauche en décomposition… Le monde du travail a besoin de son propre parti, large, ouvert et révolutionnaire
Les rivalités et paranoïas qui agitent les diverses ambitions au sein d’une gauche moribonde, sans idées et dont le seul horizon est l’ordre institutionnel de la république bourgeoise, offrent un spectacle, une farce, pour le moins affligeants. L’entrée en scène de Taubira au moment où Montebourg se retire ne renouvelle guère la prestation des vieux acteurs de 2002. « Je veux prendre toute ma part contre la démoralisation, contre les discours de haine et les propos belliqueux », dit-elle, contre le « mépris » en se gardant bien d’attaquer qui que ce soit… Hidalgo a failli hausser le ton, « maintenant, c’est projet contre projet », a-t-elle lâché sans rire ! Et le PS cherche les moyens de se rapprocher de Jadot… Quant à Fabien Roussel, candidat du PCF, il appelle à « construire la France des jours heureux » et « refonder la gauche » pour « mettre dehors les libéraux, les corrompus et la République des privilèges pour construire une République sociale, démocratique et laïque au service du peuple et de la nation [...] reprendre le pouvoir à la finance ».
Chacune et chacun se veut le champion d’une nouvelle union de la gauche dont il peut seul être le chef tout en essayant de faire oublier un lourd passé de reniements qui a vu la gauche, chaque fois qu’elle a été au gouvernement, servir la classe dominante… C’est cette aspiration à l’unité, illusoire et désespérée, de celles et ceux qui ne voient pas d’autre choix que la gauche, prisonniers eux-aussi du cadre institutionnel, que cherche à instrumentaliser la Primaire populaire. Celle-ci a décidé des candidats dont les noms seraient soumis, entre le 27 et le 30 janvier, au vote… malgré eux ! Taubira est la seule à se prêter au jeu en se présentant comme « celle qui accepte les risques d’une investiture citoyenne, celle qui accepte de constater qu’à l’échelle des candidats, à l’échelle des partis, l’union n’a pas été possible ». Une façon embrouillée de dire que puisque l’union n’est pas possible elle sera candidate...
Pour un horizon sans frontières pour l’humanité, en finir avec le capitalisme !
Lors de son meeting « immersif et olfactif » du 16 janvier à Nantes, Jean-Luc Mélenchon, devant un mur d’images vidéo de la Terre et des océans a voulu, non sans une grandiloquence un peu ridicule, prendre de la hauteur, élever le débat de la campagne présidentielle car « c'est vu de l'espace qu'on comprend mieux tout ce qu'il y a à faire sur Terre ». Certes ! Mais son appel à « s’inscrire ouvertement dans cette page nouvelle de l’histoire de l’humanité » ouverte par les progrès de la science et du numérique, « les nouvelles frontières de l’humanité », ne débouche en réalité, au-delà de la critique de la folie capitaliste, que sur l’étroitesse d’un programme réformiste pour la présidentielle s’inscrivant dans le jeu des institutions républicaines françaises et du système.
Discuter de l'avenir de l'humanité ne peut se limiter à la justification d’un programme électoral réformiste qui, aussi radical qu’il se prétende, se réduit à une liste de promesses posées sur le seul terrain institutionnel, hors du rapport de force entre les classes, et qui donc n’engagent que ceux qui y croient… éternel jeu de dupes électoral !
Education, santé, salaires, vers une contestation politique d’ensemble, le 27 janvier et après…
« Blanquer, protocole de guignol, démission ! », « A bas Blanquer ! Vive la grève ! », « Blanquer, le virus, c’est toi ! Le remède, c’est nous ! » …, scandaient les salariés de l’éducation qui ont laissé exploser leur colère dans la rue, jeudi 13 janvier.
La grève a été massive, à la mesure du mécontentement contre l’improvisation sanitaire de Blanquer et son mépris affiché : 75 % des professeurs des écoles, près d’une école sur deux fermée, 62 % de grévistes dans les collèges et les lycées, selon les syndicats. La grève a aussi été massive chez les personnels de vie scolaire, d’éducation, du médico-social, y compris chez les personnels de direction. Elle a emporté l’adhésion des parents d’élèves et le soutien de la FCPE.
L’exaspération et la colère sont telles que l’ensemble des syndicats de l’éducation ont dû signer l’appel à la grève, sous peine d’être totalement discrédités. Les enseignants ont exprimé leur ras-le-bol des mensonges, des promesses politiques non tenues, une rupture avec les politiciens des partis qui se sont succédés au gouvernement, y menant les mêmes politiques d’austérité et de démantèlement de l’école, jusqu’à éjecter de la manif parisienne Anne Hidalgo, la candidate qui avait annoncé vouloir doubler le salaire des enseignants !
Solidarité avec le soulèvement des travailleurs et de la jeunesse du Kazakhstan ! Leur combat contre l’exploitation et l’oppression capitalistes est le nôtre
Les premières manifestations, au début de l’année, du soulèvement le plus important survenu au Kazakhstan depuis des décennies ont eu lieu à Janaozen, une ville à l’ouest du pays proche de la mer Caspienne, région où sont situées les exploitations pétrolières et gazières. Dès l’annonce le 1er janvier de l’augmentation -jusqu’à être doublé- du prix du gaz liquéfié, GPL, le carburant de très loin le plus utilisé par les automobilistes, une cinquantaine d’ouvriers se sont rassemblés et ont transmis aux autorités locales un message vidéo exigeant, au nom de la population, l’annulation de cette hausse.
Le lendemain, le dimanche 2 janvier, des manifestants plus nombreux occupaient un rond-point dans la même ville tandis que dans la soirée, à Aktaou, une ville proche sortie de terre avec l’exploitation à partir de 1960 des gisements pétroliers de la Caspienne, des milliers de travailleurs se rassemblaient devant l’hôtel de ville, annonçaient le début de la grève pour le lendemain et scandaient le slogan : « Dehors, le vieux ! ». Etait ainsi visé Noursoultan Nazarbaïev, l’ancien président, dictateur en place depuis 1990, dont la famille et le clan ont mis la main sur toutes les richesses du pays, en particulier les revenus tirés du gaz et du pétrole. Nazarbaïev avait donné sa démission en mars 2019 tout en restant au pouvoir dans les coulisses, à la tête notamment d’un « Conseil de sécurité ». Le nouveau président Tokaïev lui avait fait allégeance, allant jusqu’à renommer Astana, la capitale politique du pays, de son prénom, Noursoultan.
Un an après le coup de force de Trump et l’intronisation de Biden, le mythe de la démocratie américaine de moins en moins capable de masquer la tyrannie du capital
« Pour la première fois dans l’histoire, un président n’a pas seulement perdu une élection, il a tenté d’empêcher un transfert pacifique du pouvoir », a accusé Biden lors d’un discours devant le Congrès à l'occasion de l’anniversaire de la proclamation de sa victoire, il y a un an, le 6 janvier, anniversaire aussi du coup de force de Trump et de ses partisans qui menaient l’attaque sur le Capitole, qu’il a qualifiée d'« insurrection armée ».
« Nous devons décider aujourd’hui quelle nation nous allons être. Allons-nous être une nation qui accepte que la violence politique devienne la norme ? Allons-nous être une nation qui autorise des responsables officiels partisans à renverser la volonté exprimée légalement par le peuple ? Allons-nous être une nation qui ne vit pas dans la lumière de la vérité mais à l’ombre du mensonge ? ». Et d’affirmer, « Je ne laisserai personne mettre le couteau sous la gorge de la démocratie ». Se voulant le président du « Retour de l’Amérique », Biden a donné une dimension internationale à son prétendu combat pour la démocratie, une lutte l’opposant à l’autocratie tant aux USA que face à… la Chine et la Russie.
Ne nous laissons pas diviser par les provocations de Macron - La vraie fracture du pays, c’est celle entre la classe capitaliste et le monde du travail
« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire » ; « un irresponsable n’est plus un citoyen »… Macron a repris les méthodes démagogiques et provocatrices de Sarkozy et de l’extrême-droite pour tenter de masquer son incurie et sa panique en désignant des boucs émissaires. Il en a rajouté lors de la conférence de presse vendredi avec la présidente de la Commission européenne Ursula Van der Leyen : « J’assume totalement […] La vraie fracture du pays est là, quand certains font de leur liberté, qui devient une irresponsabilité, un slogan ». Sans blague, mais la « liberté » des classes dominantes, elle, n’a rien d’un slogan ! Cette liberté bien sonnante et trébuchante plonge la société dans le chaos. La fuite en avant de l’infime minorité des possédants, financiers, grands actionnaires, pour maintenir leurs profits dans un système économique à bout de souffle, a des conséquences dramatiques pour les 99 %.
Macron prépare la suite, l’intensification de la guerre de classe et stigmatise les non-vaccinés pour tenter de diviser, paralyser. Pécresse, pas en reste, veut « ressortir le kärcher de la cave ».
Sans surprise, le bruit et la fausse fureur retombés après les propos cyniques de Macron, les députés ont très majoritairement adopté le projet de loi sanitaire en première lecture. Un peu plus tôt, au Sénat, Castex avait assuré le service après-vente : « Qui outrage la nation ? Qui fracture la nation ? Qui conduit les soignants dans nos urgences à faire des choix éthiques dramatiques ? ».