Dans le cadre du congrès du NPA-R qui se tient le week-end prochain, notre courant, celles et ceux qui partagent les idées que nous défendons se sont constitué·es en plateforme pour proposer de tourner la page des deux ans qui nous séparent de la scission/exclusion voulue par Besancenot et Poutou, la section française de la IVème Internationale, qui ont aujourd’hui rejoint le NFP. Il s’agit pour nous de définir une orientation unitaire et démocratique dans l’objectif de contribuer à la construction d’un pôle démocratique des révolutionnaires, étape vers un parti révolutionnaire, instrument de l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes. Comment faire du NPA-R l’instrument d’une politique de rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires ?

En 2024, les groupes capitalistes du CAC40 ont distribué près de 100 milliards d’euros à leurs actionnaires sous forme de dividendes -72, 8 milliards- et de rachats d’actions. Le total de leurs profits sur 4 ans, depuis 2020, s’élève à 486 milliards, résultat de l’augmentation de leurs marges grâce à la hausse des prix, de la compression des salaires et des subventions de toutes sortes de l’État au patronat, 800 milliards sur ces mêmes 4 années. Des chiffres qui résument le colossal transfert de richesses qui s’est opéré entre la population travailleuse et les grandes fortunes, à l’origine de l’augmentation de la pauvreté, de la misère et du délabrement de la société qui se voient au grand jour, le nombre croissant de sans-abri et de morts « de froid », des files d’attente aux distributions alimentaires, la réapparition du scorbut, les hôpitaux en urgence absolue -des malades meurent sur des brancards- sans compter les difficultés quotidiennes de toutes celles et ceux qui jonglent avec des fins de mois impossibles à boucler sans même pouvoir assurer les dépenses indispensables.

La crise sociale et politique hexagonale, réfraction des effets sociaux et politiques de l’évolution du capitalisme mondialisé, oblige à remettre sur l’établi les conceptions qui ont façonné le mouvement révolutionnaire depuis l’effondrement de l’URSS et des partis staliniens, trois décennies d’occasions manquées tant par Lutte ouvrière que la Ligue communiste révolutionnaire et le NPA. La scission de ce dernier, combinée à la dérive sectaire de LO, est l’aboutissement de cette période d’échecs qui mériterait un bilan critique pour travailler à nous donner les moyens de répondre aux besoins de la période actuelle alors que la crise globale du capitalisme connaît une brutale accélération. L’intronisation de Trump-Musk à la Maison blanche par toute la classe dirigeante américaine ce lundi en est le symbole.

La mort de Le Pen, vieillard sénile, a donné lieu à des réjouissances qu’on ne peut que comprendre, à la barbe des Retailleau, Ciotti and Co offusqués, jusqu’à Guejd, député PS de l’Essonne, qui appelait au nom de la « grandeur d’âme » à « ne pas se réjouir de la mort d’un homme quel qu’il soit »... Mais ces moments de légèreté ne doivent pas masquer que cette mort assure une continuité et participe de la « dédiabolisation » de l’extrême droite au moment où une large fraction des classes dominantes se rallie à elle, en France comme aux USA. Retailleau s’est d’ailleurs empressé de déclarer qu’« une page de l’histoire politique française se tourne », lui qui postule à en écrire une nouvelle.

Mardi dernier, lors d’une conférence de presse, Trump a eu des déclarations fracassantes n’excluant pas une intervention militaire pour prendre possession du canal de Panama et annexer le Groenland. Il a évoqué le Canada comme 51e État des États-Unis, plaidant pour « se débarrasser de cette ligne artificiellement tracée » entre les deux États. « Nous allons changer le nom du golfe du Mexique en golfe d’Amérique », a-t-il aussi déclaré tout en menaçant d’une attaque de grande envergure contre l’Iran et de faire la guerre dans tout le Moyen-Orient si les Palestiniens ne réglaient pas la question des otages, « l’enfer va se déchaîner. » Il a également exigé de ses partenaires de l’Otan une augmentation de leur budget de défense à 5 % du PIB.

Dans la nuit du Nouvel An, une voiture bélier a foncé dans la foule d’un quartier touristique de La Nouvelle-Orléans aux États-Unis, faisant 15 morts et 39 blessés. Aussitôt, Trump, aveuglé par sa haine, a dénoncé « l’immigration illégale », « les frontières ouvertes » et la « vermine violente » avant que le FBI ne construise une affaire d’attentat islamiste organisé par Daesh qui aurait pu être en lien avec l’explosion d’une voiture Tesla au pied d’un hôtel Trump à Las Vegas qui a fait un mort et sept blessés. Depuis, le FBI a été obligé de revenir sur sa version. L’auteur de l’attaque, un Américain de 42 ans, né au Texas, vétéran de l’armée, décoré pour sa participation à la lutte contre… le terrorisme et ayant fait « allégeance » à Daesh, aurait agi seul. Quant à l’explosion de Las Vegas, elle serait le fait d’un sergent de renseignement des forces spéciales de l’armée américaine, soldat d’élite en fonction en Allemagne, « hautement décoré » qui se serait suicidé.

Le drame de La Nouvelle-Orléans s’apparente plus à un crime de masses commis par un déséquilibré, symptôme d’une société malade de la violence sociale, raciste, politique, malade aussi de la guerre qu’elle entretient dans le monde pour perpétuer sa domination, America great again… Leur instrumentalisation politique abjecte est aussi un symptôme de la maladie mentale, mégalomanie et paranoïa, qui frappe les cerveaux du clan politique Trump-Musk qui s’apprête à s’installer au pouvoir. Une société où des gardiens de prison se sentent le droit de tabasser et d’assassiner un détenu parce qu’il est afro-américain, comme cela s’est passé pour Robert Brooks, tué début décembre dans une prison de l’État de New York.

Le gouvernement Bayrou donne à la mascarade parlementaire une allure de farce ridicule et pathétique où s’agitent de vieux pantins manipulés par Macron dont la chute annoncée réjouit Le Pen. Une farce symbole de leur vieux monde qui croule sous les déficits et la dette sans cesse aggravés pour que prospèrent les banques et le patronat, les bourses et les spéculations financières. Si ce piteux spectacle qui tourne en ridicule les parlementaires et ruine le crédit des institutions inquiète les classes dominantes, l’Etat et sa police veillent à la défense de leurs intérêts et à la perpétuation de cet ordre pourri et corrompu. Il poursuit les attaques contre les travailleurs et la population. Que leur importent la régression sociale, le désarroi et la détresse, la pauvreté et la misère, la tragédie que vit la population de Mayotte abandonnée au mépris colonial, à la misère, à la xénophobie et au racisme, tant qu’ils repoussent l’explosion sociale inévitable. L’arrogance de ce gouvernement de pitres discrédités, les Retailleau, Darmanin et autres Valls pourrait bien accélérer les choses...

Cette crise sociale et politique est une des expressions de la déroute globale du capitalisme financiarisé mondialisé qui concentre toujours plus de richesses entre les mains de quelques milliardaires au détriment des hommes, des peuples, de la nature surexploités pour permettre au Moloch de la finance d’assouvir ses appétits inépuisables.

Cette fuite en avant du vieux monde capitaliste hors contrôle engendre une crise politique qui, des USA à la France en passant par l’Allemagne, déstabilise l’ordre bourgeois, nourrit l’extrême droite. Avec l’exacerbation de la concurrence mondialisée et l’escalade guerrière provoquée par la politique de la première puissance mondiale et de ses alliés de l’Otan, la menace de mise en place de dictatures populistes est, après l’élection de Trump-Musk, de plus en plus présente.

En effet, la bourgeoisie a peur, peur de l’effondrement de son système, d’un krach, d’une récession mondiale, peur des révoltes et insurrections populaires, peur des soulèvements à venir porteurs de révolutions.

Le drame de Mayotte, dévastée, ravagée par le cyclone Chido dénonce la politique criminelle, l’incurie et le mépris colonial de l’État français que le déplacement de Macron « racontant des salades » et décrétant une journée de deuil national ne fait que souligner alors que le spectacle de la comédie parlementaire devient une véritable farce, cynique et sinistre.

À 8000 km de Paris, dans le département-colonie le plus pauvre de France, les bidonvilles et les maisons de tôle qui abritaient un tiers de la population ont été soufflés. Des milliers de morts sont à redouter car les abris proposés par la préfecture ne concernaient pas la population des bidonvilles et que les sans-papiers en étaient, de fait, écartés par crainte d’être expulsés !

Si le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) a été censuré en même temps que le gouvernement et le budget de l’Etat, celui du prochain gouvernement ne peut que s’inscrire dans la même offensive sabrant la dépense publique, intensifiant l’exploitation pour nourrir les profits des spéculateurs, les mêmes qui creusent la dette publique et le « trou de la sécu ».

L’ex PLFSS prévoyait le passage d’un à trois jours de carence pour les fonctionnaires, la baisse des indemnités journalières en cas d’arrêt maladie, le gel des pensions de retraite, la baisse de 5 % des remboursements de consultations et médicaments, alors que les franchises ont déjà doublé cette année. Anticipant, les complémentaires santé ont augmenté leurs tarifs de 6 % en moyenne pour 2025 (7,3 pour les contrats collectifs obligatoires), 20 % en trois ans. Tandis que les 2,5 millions de personnes qui n’ont pas de complémentaire doivent de plus en plus souvent renoncer aux soins.

Huit jours après avoir promis de nommer un nouveau Premier ministre « dans les 48 heures », c’est finalement Bayrou, pressenti mardi, refusé jeudi et rappelé vendredi matin, que Macron s’est résolu à choisir, toutes les autres hypothèses -Cazeneuve, Lecornu, Vautrin, Lescure- ayant pris l’eau. Le président du Modem s’est montré « euphorique » à cette nomination, une promotion inespérée pour ce vieux briscard de la politique qui avait réussi à faire descendre dans la rue 600 000 manifestants à Paris en 1994, quand il était ministre de l’Education, contre son projet de réforme autorisant les collectivités territoriales à augmenter leurs subventions à l’enseignement privé. Trois fois candidat malheureux à la présidentielle dans les années 2000, il avait apporté son appui et ses voix à Macron lors de la campagne de 2017, six mois après l’avoir qualifié de « candidat des forces de l’argent », et avait reçu en récompense le poste de ministre de la Justice, dont il avait dû démissionner un mois plus tard, mis en cause dans l’affaire d’emplois fictifs au Parlement européen dont il a été relaxé en février dernier. Tout un programme !