A propos du « Front unique » et du débat à l’Université d’été du NPA
Nous reprenons ci-dessous les grandes lignes de l’intervention faite dans le cadre des introductions à l’atelier de l’Université d’été du NPA intitulé « Le Front unique, dans les luttes et… dans les urnes ? ». Nous avons écarté la question des urnes et des aventures électorales municipales et régionales de certains camarades avec LFI auquel le titre voulait renvoyer. Chacun connaît la teneur des désaccords sur ce sujet au sein du NPA, inutile d’y revenir, et ces alliances électorales ont bien peu à voir avec un quelconque « front unique ».
Cette formule, défendue dans un contexte historique bien particulier, est devenue une sorte de lieu commun au sein du mouvement trotskiste, bien souvent utilisée pour expliquer ou justifier des démarches unitaires.
Discuter du Front unique nécessite de revenir sur son origine pour se demander en quoi cette formule peut ou non nous être utile aujourd’hui. Est-elle opérante pour faire face aux responsabilités qui sont les nôtres, à la nécessité d’unifier les forces militantes disponibles pour aider à l’unité de notre camp social et à renforcer la conscience de classe face à l’offensive et la faillite capitalistes ?
Débâcle des USA et de leurs alliés en Afghanistan, le bilan tragique de 20 ans de leur « guerre contre le terrorisme »
La chute de Kaboul le 15 août, le retour au pouvoir des talibans marquent un tournant important dans la politique internationale même s’ils étaient attendus et annoncés après que Biden a confirmé la fin du retrait des troupes américaines le 31 août. Les négociations visant à organiser ce retour au pouvoir avaient commencé sous Obama pour se concrétiser sous Trump. Le gouvernement officiel d’Ashraf Ghani, gouvernement fantoche, n’était pas convié aux discussions, ce qui en dit long sur son peu de poids aux yeux des dirigeants américains eux-mêmes. Le 29 février 2020 à Doha au Qatar, Trump annonçait qu’il était parvenu à un accord avec les talibans. Il reviendra à Biden de gérer la suite...
L’ampleur de la débâcle, l’effondrement du régime pourri jusqu’à la moelle mis en place par le Pentagone, dont les troupes ont largement contribué à l’armement des talibans et ont fui le combat ne sont pas non plus une surprise. Les scènes de fuite et de panique à l’aéroport de Kaboul ont donné à voir au monde entier l’ampleur de la déroute des USA.
C’est eux les « irresponsables » et les « égoïstes », construisons la mobilisation collective du monde du travail
Samedi 31 juillet, les manifestations contre le pass sanitaire étaient encore plus nombreuses que la semaine dernière, toujours aussi confuses aussi. Le vote de la loi au pas de charge dans la nuit du 25 juillet n’a entamé ni la détermination, ni la colère, mais l’incapacité de la gauche syndicale et politique à ouvrir une perspective au mécontentement laisse la place à tous les préjugés, en particulier antivaccins dont l’extrême droite fait son fonds de commerce.
A Paris, Philippot appelait, comme la semaine dernière, à un cortège séparé qui a rassemblé 2 000 personnes. Ancien n° 2 du FN, le voilà prêt à toutes les démagogies contre « l’idéologie covidiste », tout en multipliant les discours souverainistes ou xénophobes, comme Asselineau, Dupont-Aignan ou Le Pen en pleine rivalité dans la perspective des présidentielles.
L’explosion de colère qui s’exprime depuis 3 semaines pose la question politique de fond du moment. Défendre les intérêts des travailleurs et de la population, en particulier sur le terrain sanitaire mais aussi social et politique, nécessite une rupture radicale avec le jeu institutionnel de la gauche qui ne craigne pas l’affrontement avec le pouvoir et la remise en cause du capitalisme. C’est aussi la seule façon de ne pas laisser le terrain aux démagogues réactionnaires de tout poil.
Retour sur la discussion sur le « salaire à vie », une « garantie économique générale » ou l'abolition du salariat ?
Jamais sans doute la nécessité de changer de mode de production, de la planifier en fonction des besoins de la collectivité en définissant démocratiquement ses priorités et la répartition des richesses produites n’est apparue aussi nécessaire et urgente à une fraction de la population.
La pandémie, à la fois un révélateur et un accélérateur de la faillite capitaliste, fait prendre conscience de l’urgence sanitaire, écologique, économique, démocratique, alors que les classes dominantes amplifient l’offensive pour maintenir leurs profits, remettent en cause les retraites, les droits des chômeurs et accélèrent la précarisation et la paupérisation du monde du travail, sa mise en concurrence dans le monde entier tandis qu’un lourd chômage de masse est annoncé.
C’est dans ce contexte que se discute avec une acuité nouvelle la nécessité d’un revenu garanti pour toutes et tous quelle que soit sa situation, avec ou sans emploi, pour simplement vivre, payer son loyer, élever ses enfants.
Exiger notre liberté, c’est lutter pour une politique sanitaire et les droits des travailleurs, contre la tyrannie du capital
Aussitôt après son annonce de l’instauration du pass sanitaire le 12 juillet, Macron s’est empressé de faire adopter au Parlement son extension, en plus du domaine de la culture, des spectacles, dans les cafés et restaurants, les activités sportives, les trains et bus, le tourisme et même les centres commerciaux, aux soignants et à tous les salariés en contact avec le public. Ils seront contraints de se vacciner d’ici le 15 septembre sous peine de licenciement. Une politique autoritaire, basée sur la stigmatisation de travailleurs indispensables désignés comme responsables de la 4ème vague, alors que les parlementaires, l’armée et les policiers en sont dispensés. Le Sénat lui a donné son aval avec de bien timides amendements.
Nous refusons ce pass qui n’a rien de sanitaire. C’est un instrument de contrôle des salariés et de la population, imposé alors qu’il manque des doses de vaccin, inapplicable et inefficace jusqu’à l’absurde, empêchant l’accès à l’hôpital ou en EHPAD même un bref moment aux visiteurs non vaccinés, indispensable pour voyager en TGV mais pas dans les métros et RER bondés...
Le centenaire du Parti communiste chinois… liquidé depuis longtemps, ou la longue marche du capitalisme chinois contre la classe ouvrière et la paysannerie
Les cérémonies du centenaire du Parti communiste chinois ont été l’occasion d’alimenter la campagne contre la Chine orchestrée par les USA. Le thème en est simple et bien rodé, « communisme » signifie dictature, Xi Jiping en est l’incarnation. Les falsifications historiques dénoncées par la presse occidentale sont tout autant de son fait.
Les uns et les autres masquent les mécanismes profonds de la lutte des classes qui ont conduit à cette situation où un prétendu parti communiste dirige la deuxième puissance capitaliste du monde.
Ignorant la compréhension matérialiste de l’histoire qu’ils combattent, ils interprètent les événements à travers le prisme de l’idéologie, le rôle des grands hommes dont ils sont dupes. L’Etat chinois se glorifie de son national-communisme alors que l’occident y voit l’occasion de perpétuer inlassablement sa campagne contre le communisme.
Avec sa police sanitaire, Macron prépare de nouvelles attaques contre le monde du travail pour le compte du patronat
Lors de son discours du lundi 12 juillet, après avoir pratiqué, non sans cynisme, l’autosatisfaction sur sa gestion de la crise, Macron, adepte de la stratégie du choc, a annoncé l'extension du Pass sanitaire dès le 21 juillet, la fin de la gratuité des tests PCR à l'automne et surtout l'obligation vaccinale pour les soignants, tout en confirmant la mise en œuvre de la réforme de l’assurance chômage et le projet d’allongement de l’âge de départ à la retraite.
Olivier Véran en a rajouté, le soir même, dans la provocation à l’égard des personnels soignants : « À partir du 15 septembre, si vous êtes soignant et que vous n’êtes pas vacciné, vous ne pourrez plus travailler et vous ne serez plus payé ». Et Élisabeth Borne, ministre du Travail, de préciser le lendemain la menace : contrat de travail suspendu le temps de se vacciner et « mise à pied », voire « licenciement » en cas de refus.
Pour servir le patronat et plaire aux réactionnaires, Macron attaque les retraites, Organisons-nous, mobilisons-nous contre le capitalisme destructeur
Après la déroute de LREM aux élections régionales, Macron tente de reprendre la main vis à vis de l’électorat réactionnaire, posant à celui qui a le « courage » de s’en prendre aux plus précaires et à l’ensemble du monde du travail au travers des retraites.
Dès le mois de mars, la droite avait déjà pris les devants avec Bertrand : « À l’horizon 2028-2030, il nous faudra travailler deux ans de plus, jusqu’à 64 ans, et si l’espérance de vie continue à progresser, il faudra, dans les années qui suivent, aller jusqu’à 65 ans ».
Début juin, Macron lançait un premier ballon d’essai, en annonçant sa volonté de prendre des « mesures difficiles » sur les retraites dans les mois qui viennent, pour couper l’herbe sous les pieds de la droite. Mardi 6 juillet, il convoquait un sommet social destiné à préparer ses futures annonces sur la fin du quinquennat et sur les retraites tout particulièrement.
ris à contre-pied par le chef, les ministres et les députés LREM ont multiplié les déclarations contradictoires. Lemaire réclame de relever l’âge de la retraite « sans remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui » au nom de l’équilibre des comptes… lui qui a creusé les déficits avec un plan de relance qui a profité exclusivement au CAC40 ! Ferrand, président de l’Assemblée nationale, appelle à attendre l’après-présidentielles : « se précipiter serait folie à mes yeux », tout comme le patron LREM du Sénat, Patriat : « Il y a déjà eu assez d’embûches avec les gilets jaunes, le conflit sur les retraites et le Covid pour charger encore la mule » !
Tous les jours comme pour la présidentielle, une politique de classe pour le contrôle du monde du travail sur la marche de la société
Après que Lutte ouvrière a décidé, lors de son congrès en décembre, de présenter à l’élection présidentielle Nathalie Arthaud, que le CCR a annoncé la candidature d’Anasse Kazib, le NPA vient de décider, lors d’une conférence nationale le week-end dernier, de présenter Philippe Poutou[1]. Si cela atteste d’une réelle vitalité du mouvement révolutionnaire, nous ne pouvons que regretter la division de nos forces, en particulier le choix fait par le CCR d’accentuer cette division en rompant avec le NPA pour tenter de présenter son propre candidat. Ce choix va à l’encontre des intérêts du mouvement, il ajoute la division à la division alors que la volonté de sortir de ce morcellement devrait être au centre de nos préoccupations et de notre politique.
En effet, cette vitalité du mouvement révolutionnaire masque une grande faiblesse, son incapacité à sortir du passé pour élaborer collectivement, mettre en œuvre une analyse, une compréhension de la nouvelle période, un programme et une stratégie révolutionnaire capables non seulement d’unifier leurs rangs mais d’aider aux évolutions des consciences, à la convergence des luttes et des mobilisations pour construire une large mouvement de contestation politique de la domination de l’oligarchie financière.
Malheureusement, la Conférence nationale du NPA s’inscrit dans ce processus où l’incapacité de dépasser nos limites nourrit les divisions et rivalités fractionnelles[2].
Intervention d'Isabelle Ufferte à la Conférence nationale du NPA lors du débat sur l’orientation, le 26 juin 2021
Nos échanges autour de la présidentielle et de ce que nous voulons y porter se tiennent alors que vient d’être publié un nouveau rapport du GIEC qui, à lui seul, donne la mesure des défis auxquels l’humanité, le monde du travail, la jeunesse doivent faire face. Il ne s’agit pas de demain, de perspectives lointaines, d’un supplément d’âme révolutionnaire. C’est aujourd’hui.
L’accélération, l’imminence de la faillite capitaliste a des conséquences très concrètes pour l’immense majorité de la population à travers le monde, des conséquences sociales, économiques, écologiques et démocratiques.
L’offensive des classes dominantes pour tenter de maintenir les profits d’une ultra minorité condamne des milliards de personnes à la misère, au dénuement, aux guerres, aux catastrophes climatiques et sanitaires. La pandémie qui n’en finit pas en est une illustration qui en annonce malheureusement très probablement bien d’autres.