La crise de l’Union européenne vient de passer par de nouveaux sommets. Du refus du ministre de l’intérieur d’extrême droite italien de laisser accoster l’Aquarius, puis le Lifeline, au vote en Hongrie d’une loi permettant de condamner les ONG qui permettraient à des migrants d’entrer sur le territoire, sans oublier l’hypocrisie réactionnaire de Macron et de son exécuteur des basses œuvres Collomb, elle s’est cristallisée autour de la question de l’accueil des migrants, dans une fuite en avant nauséabonde. En Allemagne, la coalition gouvernementale difficilement constituée par Merkel après les dernières législatives menaçait de s’effondrer sous le chantage de la CSU bavaroise…

Le Sommet européen des 28 et 29 juin est parvenu à un accord, l’accord de la honte, qui a décidé de la mise en place de camps hors des frontières de l’UE. Tous peuvent rentrer chez eux en se vantant d’avoir obtenu gain de cause, les uns, comme Macron, pour avoir sauvé l’Union européenne de l’explosion, les autres, comme le premier ministre Italien Conte ou son homologue polonais, pour s’être dégagés de toute obligation concernant l’accueil des migrants, désormais laissé au « volontariat » de chacun des Etats, invités simplement à faire preuve de « solidarité »... Au-delà des postures, les Etats européens se sont cyniquement unis contre les migrants, l’égoïsme national et européen se conjuguant pour rejeter les victimes de leur propre politique au Moyen Orient ou en Afrique.

Macron vient à nouveau d’étaler son mépris, sa crasse sociale, par tweet cette fois : « On met un pognon de dingue dans des minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres. On n'en sort pas. Les gens qui naissent pauvres restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres »… après un couplet sur la « déresponsabilisation » des pauvres car il faut bien que ce soit leur faute !

Cynisme, mépris, arrogance, tandis qu’il arrose de 5 milliards de cadeaux fiscaux les ultras-riches avec la fin de l’ISF et la limitation de l’imposition de leurs portefeuilles d’actions. Les coupes sombres prévues dans les budgets sociaux avec le plan CAP22 représentent 30 milliards d’après les Echos.

Le bilan de cette politique est insupportable. Entre 1998 et 2015, le niveau de patrimoine a diminué de 31 % pour les 10 % les plus pauvres de la population. Près de 9 millions de personnes sont sous le seuil de pauvreté, dont beaucoup de femmes seules avec leurs enfants. Les raisons sont connues, ce sont les salaires minables, la généralisation de la précarité, les licenciements, pour que la classe que sert Macron continue d’accumuler un « pognon de dingue » sur le dos de toute la collectivité !

Mais la com de Macron ressemble bien trop à celle des DRH dans les entreprises… et elle se retourne contre l’envoyeur, alors que la grève des cheminots impacte profondément la situation sociale et politique, encourageant la contestation, l’expression de bien des mécontentements.

Au cours du mouvement de ces dernières semaines, alors que l’évocation de 68 ou du mythe soixante-huitard était dans les esprits, est apparu en réponse aux commémorations, nostalgies ou travestissements, un slogan sympathique, « Ils commémorent, on recommence ». Il exprime la continuité de nos combats, leur jeunesse, mais avons-nous vraiment envie de recommencer soixante-huit ? Un soixante-huit qui réussisse ? Qui aille jusqu’au bout ? Oui, certes mais ce sera bien autre chose que 68, radicalement différent. Les révolutionnaires ne souhaitent pas recommencer, ni imiter le passé. Nous ne militons pas sous la domination des mythes mais en nous armant de la compréhension des forces, faiblesses et limites du passé pour trouver dans le présent la capacité de les dépasser pour construire l’avenir.

« Aller jusqu’au bout », ça veut dire quoi ? Le pouvoir aux travailleurs pour une transformation révolutionnaire de la société, en réalité tout autre chose que 68 au cours duquel, même si ce fut un processus révolutionnaire, personne ne se posa pratiquement la question du pouvoir. La poser exige des rapports de force mais aussi un niveau de conscience, d’organisation, radicalement différents de l’état d’esprit qui était le nôtre y compris pour les plus engagés.

Malgré l’absence de perspectives données par les confédérations dont certaines cherchent ouvertement depuis des semaines la « sortie du conflit », malgré aussi la désinformation, les pressions et calomnies, la grève des cheminots ne cède pas et entretient à travers elle un mouvement de contestation bien vivant.

Le mécontentement du monde du travail, la détermination des cheminots, la capacité d’organisation et d’initiatives des grévistes à la base, font qu’après deux mois de grève, aucune organisation syndicale n’a osé décrocher. Et Pépy peut affirmer qu’il n’est « pas imaginable » que la grève à la SNCF se poursuive cet été puisque « l’Unsa et la CFDT, qui ont pris conscience des avancées de cette réforme, ont dit chacune réfléchir aux conditions dans lesquelles elles pourraient sortir du conflit », le mouvement est profond. Il a transformé la situation. Dans les entreprises, les syndicats, les quartiers, les familles, la question sociale et politique s’est invitée partout et parmi les militants de la mobilisation se discutent quelles perspectives, comment faire face au plan de bataille du gouvernement et du parlement, serviteurs zélés du patronat et de la finance.

La répression dont sont victimes les jeunes, les migrants, ceux qui les soutiennent et plus largement la politique du gouvernement nourrissent au quotidien le mécontentement. Telles les provocations de Collomb intimant aux manifestants l’ordre de faire le ménage dans leurs rangs « si on veut garder le droit de manifester », justifiant les gardes à vue de lycéens « quand on est un jeune mineur, on ne va pas nécessairement occuper son lycée, ni aller dans les manifestations qui peuvent dégénérer » et accusant les migrants de faire du « benchmarking » (mot utilisé pour des techniques comparatives de marketing et de management !) le jour où il fait détruire à Paris, pour la énième fois, un camp de plus de 1500 migrants éligibles à l’asile… pour peu que leur dossier soit examiné !

La valse-hésitation de Trump vis-à-vis de la Corée du Nord fait la une… En septembre 2017, alors que celle-ci multipliait ses essais balistiques et nucléaires, Tump déclarait à l’ONU : « Les Etats-Unis ont beaucoup de force et de patience. Mais si on les pousse à se défendre ou à défendre leurs alliés, nous n’aurons pas d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord », promettant « le feu et la fureur dans des proportions que ce monde n’a encore jamais connues ». Puis, alors que s’ébauchait le rapprochement entre les deux Corées, il annonçait son intention de rencontrer Kim Jong Un avant de se rétracter, puis de revenir sur la rétractation… La menace devant l’ONU visait aussi l’Iran, préparant la sortie des USA de l’accord sur le nucléaire iranien, de nouvelles sanctions économiques. Sanctions contre le peuple iranien, offensive économique également contre les entreprises étrangères, surtout chinoises et européennes, qui doivent cesser de commercer avec l’Iran sous peine de ne plus pouvoir le faire avec les USA. A cette offensive s’ajoute la décision d’augmenter les droits de douanes pour une série de marchandises, confirmée ce mercredi 30 mai par le secrétaire d’Etat américain au commerce devant le Forum de l’OCDE : « L’Union européenne est devenue la deuxième économie au monde, elle n’a pas besoin de concessions ». A bon entendeur, Trump poursuit son programme, « America First ! ».

« C'est un grand jour. Un grand jour pour Jérusalem. Un grand jour pour l’État d'Israël. Un jour qui restera gravé dans notre mémoire nationale pour des générations » exultait, cynique et provocant, le premier ministre israélien, Nétanyahou, lundi dernier lors de la cérémonie pour l’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem.

A la frontière d’Israël avec Gaza, au même moment, les soldats de l’armée israélienne tiraient à balles réelles sur les manifestants palestiniens, pacifiques, sans armes, venus crier leur rage devant l’arrogance, le mépris et la haine à leur égard de l’État d’Israël soutenu par Trump.

Quel contraste insupportable que celui qui opposait cet aréopage de représentants des classes dominantes exultant de la force de leurs armées, jubilant de l’humiliation qu’ils infligeaient à tout un peuple, unis par le sang qu’ils faisaient couler et leurs victimes criant à la face du monde leur colère, leur révolte, risquant leur vie pour affirmer leur dignité.

Le matin même depuis la Maison blanche, Trump, dans un tweet, invitait à regarder sur Fox News, la chaîne à ses ordres, la retransmission de la macabre cérémonie et se félicitait de « sa montée en puissance ».

Ce bain de sang a été voulu tant par Netanyahou que par Trump qui ont décidé et organisé cette provocation le jour même de l’anniversaire des 70 ans de la fondation de l’État d’Israël, c’est-à-dire pour les Palestiniens le jour de la Nakba, de la catastrophe quand ils furent chassés de leurs terres, le jour aussi de la fin de la grande marche du retour pour le respect des droits du peuple palestinien.

La publication cette semaine du rapport sur les dividendes des entreprises du CAC40 réalisé par Oxfam et Basic jette une lumière crue sur l’offensive menée par le gouvernement et l’ensemble du personnel politique au service des grands actionnaires. Entre 2009 et 2016, tandis que les patrons et leurs valets de tous bords intensifiaient la casse des droits des salariés, des chômeurs, des retraités, bloquant les salaires, opérant des coupes drastiques dans les services publics et l’ensemble des budgets sociaux, ces entreprises ont distribué un record de dividendes.

Le lendemain, on apprenait la quasi dispense de peine de Cahuzac. Reconnu « coupable de fraude fiscale, de blanchiment et de déclaration mensongère à la Commission pour la transparence de la vie politique », l’ancien ministre (PS) du budget n’aura très probablement pas à passer par la case prison, la supplique de ses avocats ayant apparemment convaincu les juges qui l’ont condamné à deux ans fermes (dont il va demander l’aménagement) et 300 000 euros là où la loi prévoit jusqu’à 7 ans et 1 million d’euros.

La violence de l’exploitation, le mensonge, l’arrogance et l’impunité des riches s’étalent sans vergogne, protégés par leurs tribunaux, leurs institutions, leur police qui provoque et affronte les travailleurs en grève, les cheminots dans les gares, les étudiants dans les universités, les jeunes dans les banlieues, les migrants…

Cela fait exactement 50 ans, à quelques jours près que débuta, le 13 mai 68, la grève qui devait se généraliser en une semaine à toute la classe ouvrière, 10 millions de grévistes, la grève générale la plus massive qu’ait jamais connue le pays.

Ce n’est pas par souci de commémoration, l’histoire ignore les commémorations, mais il se trouve qu’en ce mois de mai 2018, la grève générale est présente dans bien des têtes, que ce soit celles des militants du mouvement actuel, cheminots, salarié-e-s d’Air France, de Carrefour, de l’Education nationale, postiers, jeunes, étudiants et lycéens, ou celles de nombre de travailleurs qui regardent avec sympathie les grèves en cours et les mobilisations étudiantes. Il y a en effet la conscience ne serait-ce que dans une minorité active qu’une bataille est engagée avec le gouvernement Macron pour repousser son offensive, lui faire ravaler de son mépris et de sa morgue et que pour cela le tous ensemble est nécessaire et aussi possible.

La veille des manifestations du 1er mai, la préfecture de police de Paris avait annoncé dans un communiqué : « Des militants de groupes contestataires issus de mouvances extrémistes entendent, à l’occasion de la manifestation traditionnelle du 1er mai, s’en prendre violemment aux forces de l’ordre ainsi qu’aux symboles du capitalisme ». Le cadre était posé.

Le scénario s’est déroulé comme prévu ainsi que s’en est vanté le préfet de police. La police a laissé les « autonomes » ou « Black blocs » se livrer à leur violence pour ensuite se déployer frontalement contre la manifestation, l’obligeant à reculer, à repasser le pont de la gare d’Austerlitz sous les bombes lacrymo.

Le préfet a ainsi créé un état de fait qui a alimenté largement les commentaires des médias, de la droite la main dans la main avec l’extrême-droite, nouvel épisode de la campagne réactionnaire qu’a commanditée Macron contre la grève des cheminots et le mouvement de contestation de la jeunesse, une campagne contre l’ensemble du monde du travail.

Un résumé de la politique de Macron, créer le désordre et en accuser les autres pour tenter de s’imposer. Des surenchères qui, au final, le discrédite d’autant qu’il en rajoute en annulant, par exemple, une taxe sur les grands patrons, l’Exit tax, une taxe bien symbolique pourtant mais un nouveau cadeau démonstratif du président des riches.

Marx est né le 5 mai 1818 à Trêves, en Allemagne, il y a deux cents ans. L’anniversaire de sa naissance livre son lot de commémorations bien pensantes dont la plupart voudraient enterrer les idées de Marx, édulcorer le contenu radical de sa critique, ou les caricaturer… mais en vain. Ses idées, sa critique du capitalisme restent non seulement sans égale mais indispensables pour tous ceux que cette société révolte et qui cherchent des idées, des réponses face aux effroyables inégalités actuelles, face à la catastrophe démocratique, économique, sociale et écologique annoncée.

« Karl Marx fait son come-back aux États-Unis » titrait récemment un article du Monde sur le renouveau du marxisme depuis la crise de 2008 dans une partie de la jeunesse américaine qui y trouve des armes pour critiquer le capitalisme. En effet la critique que Marx a faite du capitalisme naissant demeure la seule qui permette de comprendre les contradictions du capitalisme mondialisé, de formuler des perspectives, la possibilité d’une transformation révolutionnaire de la société et qui donne les moyens d’y prendre toute sa place, d'en être acteur.

Selon bien des articles, Marx est qualifié de « philosophe », « économiste » ou de « grand indigné » comme dans le numéro Hors-série que le Monde lui consacre. Non, Marx n’était pas un simple indigné mais avant tout un révolutionnaire qui a œuvré toute sa vie à contribuer au renversement de la société capitaliste en donnant aux opprimés la conscience des conditions de leur émancipation.

Marx a élaboré une conception matérialiste, scientifique du monde qui intègre tous les progrès des connaissances et s'en enrichit toujours à l'opposé des conceptions idéalistes d’hier et d’aujourd’hui... comme de toutes les caricatures réformistes ou staliniennes qui l’ont transformée en une idéologie, un dogme mort.