Dans cette rentrée inédite, où l’inquiétude face à la situation sociale comme la colère face à l’incurie de ceux qui nous dirigent sont profondes, le gouvernement n’en finit pas de réalimenter la crainte de l’épidémie, au point même de décaler l’annonce du « plan de relance » au 3 septembre au nom de la « défense sanitaire » !

La Direction Générale de la Santé annonce une épidémie « exponentielle », alors que l’augmentation du nombre de cas correspond pour l’essentiel à l'augmentation importante du nombre de tests ces dernières semaines. Si le virus semble circuler davantage à la fin des congés, l’absence de tests massifs dès le début de la pandémie ne permet de tirer aucune analyse précise sur la réalité de l’épidémie. Mais qu’importe, à défaut d’une véritable politique de santé, le pouvoir continue de confondre politique sanitaire et politique policière.

En cette rentrée, le Covid-19 continue de se propager et de mettre à nu l’incurie des classes dominantes prises entre la panique devant la pandémie et leur panique devant la catastrophe économique annoncée. La loi du profit et de la concurrence démultiplie les dangers que représente la pandémie. La faillite globale du capitalisme se révèle dans toute son ampleur engendrant dans le même temps une exacerbation des tensions et des contradictions de classes, terreau des prochaines mobilisations en réponse à l’offensive globale des capitalistes et de leurs États pour tenter d’éviter leur faillite.

Le décalage entre les menaces que fait peser sur l’humanité et la planète la politique aveugle des classes capitalistes, le mécontentement, la révolte qui explosent aux quatre coins du monde et le niveau de conscience et d’organisation des classes exploitées est flagrant.

Face à ce manque de perspectives, il y a un besoin impérieux de construire la convergence et la cohérence politique de tous les mécontentements, de toutes les colères et révoltes, de toutes les mobilisations, de toutes les luttes. C’est une tâche politique qui a besoin d’un outil, d’un programme pour le monde du travail qui serait largement discuté entre les différents courants révolutionnaires comme avec les militant.e.s des luttes, des interpros et avec l’ensemble des travailleurs. Il s’agit de formuler une appréciation de la nouvelle époque et des implications stratégiques, programmatiques qui en découlent à partir des mobilisations concrètes.

Le 20 août 1940, à Coyoacan, au Mexique, Trotsky était assassiné sur ordre de Staline qui se débarrassait ainsi de celui qui continuait d’incarner le processus démocratique et révolutionnaire qui avait bouleversé le monde, Octobre 1917. Exilé et pourchassé parce que resté fidèle à la révolution ouvrière, démocratique et internationaliste, socialiste, il était devenu une menace insupportable pour celui qui en était le fossoyeur alors que commençait la Deuxième guerre impérialiste mondiale. Après la répression, les mensonges, la calomnie et les procès, l’assassinat était devenu une méthode de lutte politique pour la bureaucratie apeurée par ses propres trahisons.

Aujourd’hui, même si l’humanité est confrontée à une nouvelle époque du développement du capitalisme, l’apport de Trotsky demeure indispensable. Il nous permet de comprendre la dégénérescence de la première révolution socialiste victorieuse, la victoire du fascisme et l’évolution historique qui a abouti à la Deuxième guerre mondiale impérialiste. Nous approprier son œuvre, son combat, sa vie nous est indispensable pour nous approprier la culture et l’expérience d’une époque qui vit le mouvement ouvrier ébranler le monde, conquérir et exercer le pouvoir. Bien plus qu’un « héritage », notion assez peu compatible avec la lutte révolutionnaire, il nous transmet une méthode militante révolutionnaire et démocratique, un marxisme vivant, sans sectarisme, recettes ou autoproclamations, une méthode scientifique s’appuyant sur l’analyse d’une période, avec comme boussole l’indépendance de classe, l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes, la lutte contre la bureaucratie, l’internationalisme…

Le Conseil européen extraordinaire des 17 au 21 juillet a donné lieu à quatre jours de « négociation hors norme », une « guerre de tranchées » dont chaque chef d’Etat prétend être sorti victorieux, après avoir joué toute la panoplie des ententes de coulisses, faux départs, vrais rapports de forces… les égoïsmes nationaux à l’œuvre.

Pour Macron, c’est « historique ». Merkel prétend que « nous avons apporté une réponse à la plus grande crise de l’histoire européenne ». Le président du Conseil, Charles Michel, se félicite : « c'est beaucoup plus qu'une question d'argent. Il s'agit de travailleurs et de familles, de leurs emplois, de leur santé et de leur bien-être… L’Europe est au rendez-vous, l’Europe est rassemblée ». Oui, ou presque et pour servir le capital...

Samedi 18 juillet, des milliers de manifestants sont venus réclamer justice pour Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, colère qui ne faiblit pas, encouragée par le mouvement international contre les violences policières et le racisme suscité par l’assassinat de George Floyd.

Le 14 juillet, des soignants, des hospitaliers sont aussi descendus dans la rue à l’appel de syndicats et de collectifs, dont la CGT, Sud, le Collectif Inter-Hôpitaux, pour dénoncer l’incurie du gouvernement face à la pandémie et l’insuffisance des mesures annoncées dans la santé.

« Ségur=imposture » dénonçait une banderole, résumant leur colère face au gouvernement et aux « partenaires sociaux », CFDT, FO et UNSA, signataires du premier volet de l’accord au cours d’une cérémonie télévisée avec Castex, Véran et Notat pour vanter cet « effort historique » !

 « Ungouvernement de dépassement et de combat », pour « se battre pour l'emploi et la reconstruction », c’est ainsi que se définit la nouvelle équipe au pouvoir animé, dixit, du « patriotisme républicain ». Rien de bien nouveau depuis que Macron a pris la pose du chef de guerre. Il a resserré ses troupes tout en prenant ses distances avec son parti en débandade et s’agite pour masquer sa propre faillite. Les médias aux ordres mettent en musique le show gouvernemental en promotionnant le retour de Roselyne Bachelot, déjà ministre sous Sarkozy, sans doute une digne représentante de leur France d’après. Lui dispute la vedette l’avocat Dupond-Moretti, parait-il de gauche, Le Pen l’aurait même qualifié d’extrême gauche ! Cependant connu entre autres pour ses propos et jugements machistes dénoncés par les féministes comme la nomination de Darmanin au ministère de l’intérieur alors qu’il est visé par une plainte pour viol ! Le « remaniement de la honte » disent les féministes !

La Pandémie qui continue ses ravages à travers le monde a été le révélateur de l’incurie des classes dominantes, de leurs États face à la crise sanitaire, révélateur aussi de leur incapacité à faire face à ses conséquences économiques et sociales. Et cela du fait de la politique qu’elles mènent depuis plusieurs décennies qui sacrifie les services publics, en premier lieu celui de la santé, à la course à la rentabilité financière et à la compétitivité. Du fait aussi de leur incapacité à passer outre aux prérogatives de la propriété privée capitaliste pour procéder aux mesures de réquisitions qu’imposait la situation, en particulier en France. Elle a été aussi le déclencheur et l’accélérateur d’une débâcle économique jusqu’alors latente et annoncée dont personne n’est aujourd’hui en mesure d’anticiper l’ampleur ni les ravages.

La pandémie est elle-même le produit des bouleversements des rapports entre la société humaine et la nature engendrés par la mondialisation économique. Elle participe de la crise écologique à laquelle l’humanité est confrontée.

L’abstention massive des classes populaires, le week-end dernier, a confirmé la déroute des partis institutionnels. Le parti présidentiel s’est effondré et Macron, dès lundi, tentait de se refaire au jeu de la démagogie écologiste puis du remaniement ministériel. Il a viré Edouard Philippe, rival devenu encombrant, remplacé par Jean Castex, son nouveau chef de cabinet. Face à la tempête annoncée, il concentre tous les pouvoirs entre ses mains.

Tout cela est bien dérisoire au regard des annonces de plans de licenciements qui se succèdent, dont celle d’Airbus, mardi 30, de 15 000 emplois dans le monde, dont 5000 en France. Le Maire, ministre de l’industrie, se vantait pourtant il y a peu des 15 milliards accordés au secteur de l’aéronautique pour « sauver les emplois » ! Les multinationales et les gros actionnaires dictent leur volonté à ceux qui les servent, et tant pis si ces derniers le paient de leur discrédit politique, comme Macron, leur serviteur du moment.

Quinze jours avant les vacances d’été, Blanquer a rétabli l’obligation scolaire, après une reprise chaotique et incohérente dès le 11 mai contre l’avis du conseil scientifique dont le seul objectif était l’accompagnement de la relance de la machine économique à tout prix et le retour des salarié-es au travail. Faute de politique sanitaire, le gouvernement a imposé aux écoles un protocole sanitaire paralysant qui rendait impossible l’accueil de tous les élèves, d’où une reprise au volontariat des familles contredisant les déclarations du ministre dans le JDD : « L’école ne sera pas une garderie ».

Blanquer a cherché à masquer la faillite de sa politique en prétendant que tout s’était finalement bien passé, affichant « une certaine fierté d’avoir tenu le cap », alors que le système n’a tenu que par la mobilisation, l’organisation et les initiatives des profs et des personnels, assurant par eux-mêmes tant bien que mal une prétendue « continuité pédagogique » que le ministre a été incapable d’organiser.

C’est dans un contexte d’abstention record et de profond désaveu des partis institutionnels que s’est tenu le deuxième tour des municipales. Si nous ne sommes pas en mesure à l’heure où nous écrivons d’analyser leurs résultats précis, il est clair que pour le monde du travail, la façon dont sont en train de se régler les luttes de pouvoir dans l’univers des partis institutionnels, à travers cette mascarade électorale, ne revêt pas une grande importance. Pas plus que de savoir comment se joue le rapport de force entre l’actuel Premier ministre ou déjà ex-Premier ministre et son mentor.

La campagne, les divers accords signés par les uns et les autres au gré des ambitions et rapports de force locaux suffisent en eux-mêmes à disqualifier ce monde de politiciens.

La déroute, la débandade de LREM qui a cumulé psychodrames et crocs en jambes, à l’image des épisodes à rebondissements Villani, Griveaux et Buzyn à Paris, est un fait acquis.