L’appel « Redonnons la priorité à l’industrie » publié dans Le Monde trois jours avant le premier tour de la primaire du PS a de quoi surprendre… Les signataires avaient choisi d’entourer Montebourg, lui apportant un soutien plein d’intuition juste avant qu’il soit éliminé. Mais visiblement, les dirigeants du PG Eric Coquerel, Jacques Généreux, Danielle Simonnet, le secrétaire national du PC Pierre Laurent, les dirigeants syndicaux Philippe Martinez, Bernard Thibault et Jean-Claude Mailly, avaient ressenti l’urgence d’annoncer qu’une politique commune était possible avec l’ancien ministre de l’économie de Hollande, chantre du « patriotisme économique », devenu patron, vice-président du groupe Habitat…

La signature des dirigeants de la CGT et de FO donnait même un petit air de nostalgie de l’époque du Programme commun quand les confédérations syndicales avaient apporté leur soutien à Mitterrand, avec le résultat que l’on sait.

A l'heure de son investiture, Trump poursuit son offensive protectionniste, en opposition à la politique proclamée jusqu’ici par les États-Unis, champions du libre échange de la mondialisation. Il a pris ainsi prétexte de la décision récente de Ford de renoncer à la construction d’une nouvelle usine au Mexique et d’investir pour adapter une de ses anciennes usines du Michigan à la fabrication de voitures électriques, créant ainsi 700 emplois, pour crier victoire : les industriels de l’automobile plieraient devant sa menace de frapper de 30 % de droits de douane les voitures fabriquées au Mexique et destinées au marché américain. Et peu importe que la direction de Ford ait répondu que ce choix était indépendant des injonctions de Trump et lié aux évolutions de la conjoncture. Quels qu’en soient ses fondements, il va dans le sens de légitimer la politique de Trump : des productions « reviennent » aux Etats-Unis, et avec elles des emplois…

Trump ne se contente pas d’affirmer sa volonté de réorienter la politique économique des USA et de bouleverser ainsi les équilibres, aussi précaires soient-ils, sur lesquels reposent les échanges internationaux. Il remet en cause les relations qui régnaient depuis la fin de la deuxième guerre mondiale entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Sa politique vis-à-vis de l’UE tient, en quelque sorte, en trois tweets : félicitations confirmées au Brexit après le discours récent de la première ministre britannique Theresa May ; critique de Merkel et de sa « politique catastrophique » et, à travers elle, de l’UE ; menace de se retirer de l’OTAN, « obsolète » du point de vue des intérêts actuels des Etats-Unis…

« Durant les deux premiers mois de 1917, la Russie était encore la monarchie des Romanov. Huit mois plus tard, les bolcheviks tenaient déjà le gouvernail, eux que l'on ne connaissait guère au commencement de l'année et dont les leaders, au moment de leur accession au pouvoir, restaient inculpés de haute trahison. Dans l'histoire, on ne trouverait pas d'autre exemple d'un revirement aussi brusque, si surtout l'on se rappelle qu'il s'agit d'une nation de cent cinquante millions d'âmes. … Le trait le plus incontestable de la Révolution, c'est l'intervention directe des masses dans les événements historiques. ». Ces quelques lignes tirées de la préface de L’Histoire de la Révolution russe de Trotsky posent l’ampleur de la réalité historique à comprendre. Le livre Les Bolcheviks prennent le pouvoir, de l’historien américain Alexander Rabinowitch (publié en français en 2016 mais écrit en 1976), témoigne à son tour de l'immense mouvement démocratique des masses, de leur organisation pour prendre en main leur lutte jusqu’à la prise du pouvoir. Il s’attache à montrer la vie des travailleurs et des militants et le rôle réel du bolchevisme dans le déroulement de la première révolution ouvrière victorieuse de l’Histoire.

En ce début d’année, les vœux ont une tonalité particulière. Il est difficile de se souhaiter une « bonne année » alors qu’elle débute dans le sang et l’horreur dans une boîte de nuit à Istanbul, quelques jours à peine après l'attentat du marché de Noël de Berlin et celui de Bagdad, que l’actualité est faite par les Trump, Poutine, Assad ou Erdogan, et que nous vivons ici depuis plus d’un an sous l’état d’urgence…

2016 aura été une année de basculements, de ruptures qui changent le regard, la conscience des travailleurs et des jeunes ici comme partout dans le monde. La violence des rapports de classes, le parasitisme des classes possédantes, ont pris une ampleur sans précédent aux conséquences dramatiques pour les classes populaires. La concurrence effrénée que se mènent les grandes puissances et les multinationales pour le pillage des ressources et l’exploitation des travailleurs du monde entier intensifie la guerre faite aux peuples et aux pauvres. Les vieux pays impérialistes n’échappent pas aux éclats de cette guerre.

Depuis quelques années, la question du revenu universel, de base ou garanti, s'invite dans les débats. Des ONG comme ATD Quart Monde défendent un « revenu d'existence », le mouvement décroissant reprend l'idée du « revenu d'autonomie » comme moyen de s'affranchir du travail imposé par le capitalisme. Durant les Nuits Debout du printemps, ces débats ont eu lieu au travers des réseaux MFRB (Mouvement Français pour un Revenu de Base), Salariat (autour de Bernard Friot défendant le salaire à vie), avançant des modèles censés échapper aux rapports capitalistes et marchands.

En juin dernier, sous l'impulsion d'un réseau défendant le revenu de base, la Suisse a organisé un référendum, repoussé à 77 %, sur la création d'un revenu «inconditionnel» de 2 260 € mensuels pour tous les adultes et 595 € pour chaque mineur. En Finlande, une expérimentation avec un revenu de base de 560 € doit être lancée en 2017 pour 2 ans financée par… l'industrie pétrolière.

Dans sa revue Lutte de classe de décembre et janvier, n°180, Lutte ouvrière publie les textes adoptés à son congrès, début décembre, accompagnés d'un texte intitulé « En conclusion » qui les inscrit dans une perspective plus générale au regard de la façon dont la direction de LO voit les tâches militantes. Il pose la question des voies et moyens de la construction d'un parti révolutionnaire à la lumière de la compréhension du passé que s'est construite LO.

Cet article ne vise pas à revenir sur les analyses défendues dans les résolutions de LO mais à discuter cette « conclusion », c'est-à-dire la façon dont LO définit ses tâches militantes et dont elle voit la construction d'un parti des travailleurs.

La tragédie d'Alep suscite, à travers le monde, émotion et révolte non seulement contre les bourreaux du peuple syrien mais aussi contre leurs complices qui s'indignent, cyniques et impuissants, pour mieux faire oublier tant leur abandon du peuple syrien que leurs propres crimes en Irak, à Mossoul, en Afghanistan ou au Yémen. L’odieux attentat terroriste de Berlin revendiqué par l’Etat islamique ne fait que souligner le terrible enchaînement de violences barbares qu’engendre l’offensive libérale et impérialiste des classes dominantes de par le monde.

Cette tragédie s'inscrit au centre des négociations entre les grandes puissances alors que se dessine une nouvelle politique des USA sous la houlette de la réaction alliant milliardaires et généraux.

« Je pense qu’avec la libération d’Alep, on dira que la situation a changé, pas seulement pour la Syrie, pas seulement pour la région, mais pour le monde entier, il y aura un avant et un après la libération d’Alep » a pu déclarer avec cynisme le dictateur sanglant de Syrie. Avec brutalité, il exprime une réalité politique tant dans la situation au Moyen-Orient que dans les rapports internationaux.

La question du parti, encore et à nouveau

Nous rééditons une brochure qui est le texte d'une conférence faite à la fin de l'année 1995, alors que la plupart des militantEs qui animent aujourd'hui Démocratie révolutionnaire étaient encore des militants de Lutte Ouvrière, soucieux de donner vie à l'appel d'Arlette Laguiller au lendemain de l'élection présidentielle de 1995, à la construction d'un parti des travailleurs. Cette brochure fut éditée une première fois après notre exclusion de LO en avril 1997.

Cette réédition n'obéit pas à un culte du souvenir ni au fait que nous penserions que ce texte apportait des réponses clé en main à la construction d'un parti des travailleurs. Ce n'était pas son objectif bien évidemment, ces réponses n'existent pas.

Il nous avait, alors, semblé utile de tenter de donner une vue d'ensemble de la façon dont la question de la construction d'un parti de la classe ouvrière s'était posée dans le passé aux différentes étapes du mouvement ouvrier, malgré le côté inévitablement superficiel de cette vue. Nous avions dû en particulier nous limiter essentiellement à l’évolution du mouvement ouvrier français alors qu’il est bien évident que les expériences militantes et les expériences de luttes s’accumulaient et se répercutaient à l’échelle européenne.

Cela parce que nous voulions essayer de rattacher nos efforts, notre travail et ceux de nos camarades, à une filiation, qui permette de rendre le plus concret possible ce que nous voulions faire.

C'était une façon de répondre aux visions dogmatiques, moralistes et proclamatoires de Lutte ouvrière. Une façon aussi de nous protéger des mêmes pratiques qui font, en général, le ciment de petit groupe.

Il nous est apparu nécessaire de poursuivre cette démarche aujourd'hui alors que s'ouvre une nouvelle époque après plus de vingt ans d'offensive libérale et impérialiste.

La mort de Fidel Castro survient dans un monde en plein bouleversement, plongé dans une crise économique qui s’annonce autant si ce n’est plus dévastatrice que celle de 2008, l’élection de Trump, la fin sans gloire des régimes progressistes latino-américains de Chávez puis Maduro et Morales…

Une page est tournée, celle qui a suivi la vague révolutionnaire des luttes nationales des peuples opprimés contre les puissances coloniales et impérialistes à l'issu de la deuxième guerre mondiale dont la révolution cubaine a été un des flambeaux, révolution populaire sur un programme nationaliste radical par les méthodes de la lutte armée paysanne, de la guérilla.

Contrairement à la première vague révolutionnaire internationale qui avait suivi la première guerre mondiale, ces mouvements ne furent pas initiés et dirigés par la classe ouvrière, par des partis se revendiquant d'elle. Au mieux, le communisme n'était qu'une incantation enjolivant la politique de directions nationalistes petites bourgeoises. Les ravages de la contre-révolution stalinienne avaient fait leur sinistre travail.

Dans ce contexte la révolution cubaine a pu représenter un réel espoir par son dynamisme, par sa direction initialement indépendante du mouvement stalinien, et surtout par le défi qu'elle lançait aux USA, devenue la première puissance mondiale. Malheureusement, prisonnière de ses limites nationalistes, elle ne put échapper aux rapports de forces de l'époque.

Une quinzaine de jours avant de devenir candidat à la candidature, Valls publiait dans les Echos une tribune intitulée « Il faut répondre aux dégâts de la mondialisation ». Sans entrer dans le détail de son texte, son titre suffit à constater le changement de discours vis-à-vis d’une mondialisation vantée jusqu’il n’y a pas si longtemps comme « heureuse »…

Du point de vue des ambitions personnelles du futur candidat, il s’agit bien évidemment d’aller dans le sens du poil d’un électorat qui sera d’autant plus difficile à convaincre qu’il a largement fait la douloureuse expérience de cette prétendue « mondialisation heureuse » et de la responsabilité de Valls dans cette affaire. Et ce qui tracasse d’ailleurs Valls au premier degré, ce sont les victoires des « populismes », Brexit, Trump…, les conséquences, dit-il, de ces « dégâts de la mondialisation » qu’il décrit dans son texte... tout en faisant comme s’il n’y était pour (presque) rien !

Mais ni les discours de Valls ni ceux qu’a pu tenir Trump au cours de la campagne présidentielle aux États-Unis ne peuvent êtres réduits à leur dimension électoraliste. En dirigeants politiques responsables devant les véritables dirigeants économiques de la société, leurs déclarations reflètent les changements qui s’opèrent dans les stratégies politiques et économiques aux sommets des États et des institutions financières.