C’est aux riches, au grand patronat du CAC40, à tous ceux qui profitent du système que Macron a adressé ses vœux, en récitant sa litanie libérale. Il a ignoré, avec un mépris affiché, le monde du travail, les classes populaires, les grévistes et leurs exigences. Le bilan dont il s’est félicité, c’est cette politique qui permet au CAC40 de battre des records, aux riches de s’enrichir au détriment de l’immense majorité de la population dont les intérêts sont sacrifiés à ceux de la finance.

C’est sans doute ça l’acte II de Macron, plutôt que l’insulte, le déni et le mépris qui imprègnent sa personne et surtout sa politique. Et, comme s’il y avait besoin de mettre les points sur les i, Jean-François Cirelli, président de la société de gestion d’actifs, en particulier de fonds de pensions, BlackRock France, vient d’être promu officier de la Légion d’honneur par le Premier ministre ! BlackRock est le premier gestionnaire d’actifs au monde, 6300 milliards d’euros, et il gère la plupart des fonds de pension. Nos retraites ou celles des plus aisés l’intéressent...

Il y a un an, nous formulions nos vœux au lendemain de l’acte VIII du mouvement des Gilets jaunes qui avait rassemblé bien plus que les 50000 manifestants reconnus officiellement par le ministère de l’Intérieur avec des manifestations de femmes gilets jaunes dans plusieurs villes. Le porte-parole du gouvernement Griveaux se répandait alors en propos haineux contre des « agitateursqui veulent l'insurrection », la porte de la cour de son ministère avait été enfoncée par un engin de chantier… Nous écrivions : « Nos vœux militent pour que 2019 soit l’année du rassemblement des travailleuses, travailleurs, avec ou sans emploi, des jeunes, des exploités, autour d’un plan d’urgence sociale, démocratique, écologique, qui s’appuie sur les exigences progressistes des gilets jaunes, qui exprime clairement, face à la confusion délibérément entretenue par Le Pen, Dupont-Aignant et autres charlatans d’extrême droite, les besoins des classes populaires et les moyens de les satisfaire pour répondre à la faillite des classes capitalistes et de leurs serviteurs.1 »

« L’avenir de l’humanité ne dépend pas d’une trouvaille novatrice dans le domaine des idées. Il dépend de la capacité de la classe ouvrière à retrouver conscience de sa tâche et de sa responsabilité historique et, par là même, à s’emparer de la théorie de son émancipation, le marxisme. Et de se donner des partis pour incarner cette conscience et redonner au prolétariat conscient la volonté d’œuvrer pour la révolution sociale» peut-on lire en conclusion du texte La crise de l’économie capitaliste adopté lors du congrès de Lutte ouvrière début décembre. Les différents textes sont publiés dans le dernier numéro de Lutte de classe.

Ce raccourci, quelque peu brutal, n’est pas seulement une réponse aux intellectuels qui prétendent réformer le capitalisme, il résume aussi une façon de voir le marxisme comme une théorie achevée dont il faudrait s’emparer ou qu’il s’agit de transmettre. « Transmettre au mieux les idées communistes révolutionnaires », c’est ainsi qu’en conclusion du texte sur la situation internationale, LO résume la tâche des révolutionnaires.  Transmettre le marxisme, oui, bien sûr, nous sommes d’accord à moins de considérer que certains en détiennent l’héritage, comme si face aux «  grands partis de gauche, le PS et le PCF qui, ici en France, ont dilapidé, usurpé l’héritage du mouvement ouvrier politique » il suffisait de s’autoproclamer les dépositaires de cet héritage.

Le propre d’une théorie efficace et utile, c’est d’être féconde donc d’apporter des idées nouvelles en fonction de l’évolution de la société, des luttes de classes, des connaissances humaines, des techniques, des cultures contestataires qui naissent de ces évolutions.

Cynique jusqu’au bout, Macron vient d’annoncer qu’il renonçait à son « régime spécial » de président, qui lui permettait de toucher 6220 € mensuel, sans conditions d’âge ou de plafonds… Une  goutte d’eau pour cet ex-banquier d’affaires qui émargeait à près d’1 million d’€ par an comme associé de Rothschild et une nouvelle provocation bien à l’image du personnage et de son mépris de classe !

Mercredi, le gouvernement a nommé son nouveau « Monsieur retraite », suite à la démission de Delevoye. L’itinéraire de Pietraszewski, ex DRH de Auchan, est celui d’un homme de main des patrons, dont un haut fait d’armes est d’avoir fait interpeller par les flics et mettre en garde à vue la déléguée syndicale d’un hypermarché pour avoir donné à une cliente un pain au chocolat trop cuit !

Le même n’a pas été gêné de toucher 71 000 € de son ancien employeur parallèlement à son mandat d’élu en 2017… sa « prime » de licenciement parait-il. On est loin des indemnités de misère des nombreux salariés qu’il a mis à la porte !

Ce choix résume à lui seul toute la politique de Macron et Philippe au service exclusif des classes dominantes. Personne ne peut croire leur boniment sur « l’égalité », leurs simulations mensongères à l’image de leurs promesses que personne ne perdra rien. Seul le Medef a de quoi se réjouir de leurs mauvais coups.

A en croire les médias la victoire de Boris Johnson aux élections anticipées du 12 décembre serait écrasante face à la déroute du parti travailliste et de Corbyn. En réalité, loin de représenter le peuple comme il le proclame lui-même, Boris Johnson et les conservateurs obtiennent 43,6 % des suffrages, soit 365 députés sur 650, la majorité absolue avec une progression très modeste de 1,20 % des voix. Et cela avec le soutien du Brexit Party, le parti souverainiste d’extrême droite de Nigel Farage, qui ne présentait pas de candidats contre les députés conservateurs sortants. Il bénéficie d’un mode de scrutin particulièrement antidémocratique. Les travaillistes ont recueilli 32,2 % au lieu de 40 % et 203 députés au lieu de 262 lors des élections du 8 juin 2017. Même dans les circonscriptions où les travaillistes ont maintenu leur siège, leur score a diminué, souvent d’environ 10 %. Dans les bastions travaillistes du Nord de l’Angleterre et des Midlands, l’ancien cœur industriel du pays ravagé par des décennies d’offensive capitaliste, une large partie du vote des classes populaires s’est tournée vers les conservateurs.

Sans surprise, la COP25 qui s’est terminée à Madrid le 15 décembre et qui était pourtant présentée comme « la dernière opportunité historique pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici la fin du siècle » n’a abouti à rien.

Alors qu’elle devait se tenir au Chili, elle a été déplacée à Madrid pour cause de révolte populaire contre le gouvernement chilien. Cela n’a pas empêché des dizaines de milliers de personnes de manifester la veille de l’ouverture, le vendredi 6 décembre, pour dénoncer l’inaction des Etats, avec des banderoles affirmant « Sans planète, il n’y a pas d’avenir » ou « Ce sommet est une farce ». Et le mercredi 11, ce sont 200 jeunes activistes qui se sont fait expulser de la Conférence parce qu’ils avaient manifesté leur colère par un concert de casseroles…

Et hop ! Plus fort que le 5 ! La journée de 17, quels que soient les chiffres annoncés par le ministère de l’intérieur, est un nouveau pas vers la généralisation de la grève, la prise de conscience par l’ensemble du monde du travail que le moment est venu de faire plier la clique Macron, Philippe, Blanquer and co. L’immense majorité de la population soutient le mouvement.

Cette journée est l’expression d’un long mûrissement au sein du monde du travail, des équipes militantes, de celles et ceux qui ont commencé à prendre le mouvement en main, tiennent des AG, s’organisent, discutent avec les collègues, font, au quotidien de la politique, c’est-à-dire discutent de la défense de leurs propres intérêts collectifs.

Durant des heures et des heures, ministres et chefs politiques principalement de droite ou d’extrême droite se disputent les plateaux télévisés avec les experts et autres éditorialistes et discutent de comment défendre au mieux les intérêts de la bourgeoisie au plus grand mépris du reste de la société. Les grévistes, eux, les militants syndicalistes, les militants politiques engagés dans la lutte, les travailleurs discutent de comment défendre leurs propres intérêts de classe.

L’arrogance des premiers est un puissant accélérateur des prises de conscience des seconds. La politisation s’empare du plus grand nombre.

« Que chacun prenne ses responsabilités. Je ne crois pas que les Français accepteraient que certains puissent les priver de ce moment [de Noël] » a menacé Philippe alors qu’un sondage révélait que 68 % de la population sont solidaires de la grève.

Le même jour, après une succession de scandales, Delevoye listait finalement les 13 mandats illégalement conservés au gouvernement… « Une erreur » , « je ne savais pas », « un oubli »… comme sans doute la bagatelle de 123 000 euros indûment perçus qu’il s’est engagé à rembourser. Philippe a assuré de sa « bonne foi », parole de connaisseur lui qui a continué à percevoir 200 000 euros annuels d’Areva alors qu’il était député.

Ces provocations, arrogance et mépris de classe cherchent à faire taire, discréditer, faire plier le mouvement. Sauf qu’une fraction du monde du travail, les militant.e.s de la grève, sont au contraire renforcé.e.s dans leur détermination à enraciner et étendre le mouvement qui rencontre une large sympathie. Non seulement la nouvelle journée nationale de grève mardi 17 sera énorme, mais un peu partout des acteurs du mouvement se regroupent, discutent et s’organisent à la base pour construire le mouvement et ses prochaines étapes.

La population algérienne a infligé un camouflet au pouvoir militaire en contestant radicalement l’élection présidentielle du 12 décembre, cette véritable mascarade destinée à ravaler la façade du régime sans rien changer à celui-ci. Malgré l’énorme déploiement policier le jour du vote, ce sont des dizaines de milliers de manifestants qui ont dénoncé cette supercherie en manifestant dans de nombreuses villes du pays et en réussissant même à fermer les bureaux de vote dans les villes de Bejaia, Tizi Ouzou, Bouira, Bord Bou Arreridj.

Au mépris de ce vote de la rue, « l’Autorité nationale indépendante des élections » a annoncé le soir-même la victoire au premier tour d’Abdelmadjid Tebboune, avec un peu plus de 58 % des voix.

Si la journée de grève et de manifestations de mardi a été moins massive que le 5, le mouvement de grève, bien qu'inégal, garde toute sa force. Les 400 000 ou 800 000 manifestants portent une dynamique bien vivante d’autant que bon nombre de salariés ont préféré attendre les déclarations d’aujourd’hui de Philippe, même si bien peu se faisaient, à juste titre, la moindre illusion. Une large fraction du monde du travail est mobilisée, combative, déterminée, à l’image des travailleurs de la RATP et de la SNCF, des enseignants ou des travailleurs des Raffineries. La jeunesse des facs et des lycées rentre aussi dans la lutte. Et signe que le mécontentement contre la politique de ce gouvernement s’étend à toute la population, les Internes des hôpitaux publics viennent de se déclarer en grève illimitée...

Loin de reculer, le mouvement discute des suites, convainc les hésitants, prend la mesure des rapports de forces, s’organise, tisse des liens, se construit.

Mardi soir, l’intersyndicale a appelé à des actions locales ce jeudi et le week-end et à une journée nationale de grève et de manifestations mardi prochain. Leur politique combine les appels à la généralisation de Martinez avec une volonté d’encadrer, d’accompagner le mouvement mais sans lui donner de perspectives réelles pour mener l’affrontement engagé avec Macron et son monde, sans tout faire pour encourager une dynamique de la grève reconductible. C’est bien la généralisation de la grève, son extension que l’intervention provocante du Premier ministre met à l’ordre du jour.