Le sommet économique mondial de Davos 2022 s’est achevé jeudi. Ce rendez-vous annuel des prétendues « élites » économiques du monde, grands patrons, économistes et dirigeants politiques, « entre-soi […] où l’on réseaute et communie dans l’optimisme pour résoudre les maux de la planète » selon la formule du Monde, s’est déroulé cette année sans la participation de la Russie, pour cause de guerre, et de la Chine, pour cause de covid.

L’optimisme n’était pas vraiment de la fête. Alors que la guerre en Ukraine en est à son troisième mois, que la pandémie de covid continue de perturber l’économie mondiale, les « maux de la planète » s’accumulent et s’aggravent, dans une fuite en avant face à laquelle les maîtres du monde se savent impuissants et paniquent. « Davos : inquiétude et morosité pour un forum un peu dépeuplé » titrait Challenges

Macron a pris tout son temps pour désigner sa Première ministre, histoire de bien faire savoir à l’opinion, à l’opposition, dont le postulant Premier ministre Mélenchon, mais aussi et surtout à son propre personnel politique qu’il était bien le chef de l’État, lui et lui seul. Comme il le fit lors de sa campagne présidentielle sans campagne ni débat, il affiche ouvertement un mépris qui touche tout ce qui n’est pas sa propre personne, parle de « renaissance » en reprenant les mêmes dans son gouvernement sous la houlette d'une ex-ministre qui le suit depuis le début…

Ancienne ministre du travail, seconde femme à occuper ce poste après Edith Cresson en 1991, Borne a un parcours politique ou plutôt une carrière professionnelle dans la haute administration sans faille. Certains même la disent de gauche parce qu’elle aurait commencé sa carrière dans les sommets de l’État dans le cabinet de Jospin, alors ministre de l’Éducation nationale, en tant que conseillère technique, en 1991. Tout un programme, elle est de cette gauche de droite ou de cette droite de gauche dont Macron se veut la synthèse et dont les confusions, les contradictions et rivalités sont en réalité sa force principale.

D’importantes manifestations ont lieu aux États-Unis depuis une semaine suite à la fuite dans la presse d’un projet de décision de la Cour Suprême visant à casser l’arrêt « Roe versus Wade » qui, depuis 1973, légalise et encadre le droit à l’avortement. Un droit obtenu dans le contexte des mobilisations des années 60 et 70 pour les droits démocratiques, en particulier ceux des femmes, et qui n’a cessé depuis d’être combattu par tout ce que la première puissance mondiale compte de réactionnaires, créationnistes et autres militant.es catholiques et évangélistes.

Durant toute la campagne présidentielle, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud se sont ignorés, les deux organisations, le NPA et LO, ne se pensant pas comme deux sensibilités d’un même courant révolutionnaire confronté à une situation nouvelle et inédite qui nécessiterait, a minima de créer un cadre démocratique pour débattre de nos expériences comme de nos échecs, tourner la page pour créer les conditions d’unir nos forces.

Chacun.e a justifié cette situation en expliquant que ce n’était pas un problème : plus il y a de voix pour défendre les idées révolutionnaires mieux ce serait ! LO écrivant même : « Au vu de ce que représentent aujourd’hui dans les urnes Lutte ouvrière et le NPA, (…), rien ne pouvait justifier que l’une ou l’autre de nos organisations renonce à défendre sa politique à la présidentielle »[i]. Étrange façon de poser la question de l’unité, comme un renoncement, quand il s’agit de discuter des voies et moyens qui sont entre les mains des militant.e.s révolutionnaires pour jeter les bases d’un parti, instrument de notre objectif commun, l’émancipation du monde du travail. L’enjeu est bien de donner crédibilité à nos idées et aux perspectives que nous portons. La convergence des colères et des luttes suppose la convergence des idées et des perspectives.

L’inflation a atteint 4,8 % sur un an en avril et l’INSEE prévoit qu’elle pourrait atteindre 5,2 % en mai et 5,4 % en juin. De tels chiffres sont inédits en France depuis plus de trente ans et les prévisions sont particulièrement inquiétantes. Le patron de Système U, bien placé pour connaître les prix et ses propres marges, parle ainsi de « 7 %, 8 %, voire 10 % » d’inflation dans les prochains mois !

Face à cette flambée des prix, Lemaire vient de déclarer : « le plus dur est devant nous »… Finis les bilans élogieux de la politique de Macron pour les présidentielles, l’heure est à préparer les cerveaux aux mauvais coups, tout en annonçant quelques mesures « ciblées » sur le pouvoir d’achat, juste avant les législatives.

Mercredi, lors du dernier Conseil des ministres de Castex, Attal a présenté le contenu du projet de « loi exceptionnelle pour le pouvoir d’achat » promis par Macron et qui sera débattu, après les législatives, par le futur gouvernement. Si le bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité semble maintenu, la remise de 18 centimes par litre de carburant sera revue, par un dispositif réservé « aux gros rouleurs ». Dans ce projet qui tient du catalogue de promesses électorales, le gouvernement rajoute la suppression de la redevance télé dès cette année, le triplement de la prime Macron qui permet aux employeurs de lâcher une prime et pas du salaire face au mécontentement des salariés, un chèque alimentaire toujours dans le flou depuis 6 mois, le dégel du point d’indice des fonctionnaires ou l’augmentation des retraites et des minima sociaux… sans le moindre chiffrage.

« Le sang de milliers d’Ukrainiens et de centaines de leurs enfants est sur vos mains ». « La télévision et les autorités vous mentent. Non à la guerre ». Le 9 mai dernier, alors que Poutine présidait le défilé militaire commémorant en Russie la défaite de l’Allemagne de Hitler en 1945, des hackers auraient réussi à pirater les sites internet des télévisions russes pour diffuser ces bandeaux opposés au dictateur russe et à sa sale guerre. Poutine s’est servi de cet anniversaire pour tenter de légitimer son odieuse agression contre l’Ukraine en la travestissant en résistance contre le fascisme.

La veille, en Europe, en France, les défilés militaires commémorant la victoire des Alliés étaient accompagnés de discours mensongers selon lesquels la victoire de 1945 aurait été le début d’une longue paix que viendrait rompre la guerre actuelle voulue par le seul Poutine. Chacun instrumentalise l’histoire au service de ses propres intérêts.

Samedi, Macron, toujours à la recherche d’un.e premier ministre introuvable, organisait dans les salons de l’Elysée la passation des pouvoirs à lui-même sous le masque de sa « Renaissance », « un nouveau président » pour « un nouveau peuple », « Ensemble » avec ses alliés du Modem et d’Horizons, étrange renaissance portée par de vieux caciques politiciens ! L’image est tout un programme !

De son côté, Mélenchon, comblé d’occuper depuis le lendemain du deuxième tour de la présidentielle les devants de la scène des tractations politiciennes, fêtait ses retrouvailles avec le PS à l’occasion de la première convention de la Nouvelle union populaire, sociale et écologique. Difficile de savoir ce que sera l’avenir de ce cartel de gauche, nouvel élan « historique », que vante Mélenchon fervent croyant en la vertu du verbe et des… manœuvres parlementaires, ou syndic de faillite des partis de gauche rassemblés dans un même « Sauve qui peut ». L’enjeu était en réalité tout aussi vital pour l’Union populaire qui, réduite à LFI, risquait de ne pas avoir un grand avenir devant elle. Le vote utile contre Le Pen a perdu son efficacité pour les législatives et l’appel à faire de ces élections le « troisième tour » de la présidentielle afin d’élire Mélenchon Premier ministre de Macron pourrait bien prendre l’eau, apparaître pour ce qu’il est, un coup de bluff !

Alors que son gouvernement a déjà été condamné deux fois pour « inaction climatique », Macron, espérant glaner quelques voix du côté des électeurs de Mélenchon ou de Jadot avant le deuxième tour de la présidentielle, avait annoncé que le futur premier ministre serait chargé de la « planification écologique » en lien avec un « ministre de la planification énergétique ». Le 4 mai, avant même d’avoir finalisé son nouveau gouvernement, il recevait une dizaine d’experts du climat pour réfléchir « à la mise en œuvre de la planification écologique »….

Derrière la grossièreté cynique du greenwashing présidentiel, ce discours sur la « planification écologique », expression directement reprise du programme de Mélenchon, est de fait l’aveu que la « concurrence libre et non faussée », les lois du marché dont se revendiquent pourtant tous les défenseurs du capitalisme sont bien incapables d’être le cadre d’une politique économique prenant en compte l’intérêt général et se donnant un autre objectif que la course au profit d’une minorité.

Même si en France les manifestations de ce 1er mai ont été marquées par le « troisième tour » électoral et la préparation des législatives, la gauche parlementaire et syndicale essayant d’enfermer les aspirations des travailleur.ses et de la jeunesse sur le terrain institutionnel, ce 1er mai n’en a pas moins porté la nécessité de mettre un coup d’arrêt à la fuite en avant capitaliste qui entraîne les peuples et les travailleurs dans une spirale de drames et de violence.

En Ukraine, en à peine deux mois, des dizaines de milliers de personnes sont mortes sous les bombardements de l’armée russe, victimes des rivalités économiques, commerciales et aujourd’hui militaires des grandes puissances. Plusieurs millions de personnes ont été contraintes de fuir. Personne ne peut dire quels seront les développements de cette guerre ni écarter son extension tant ce qui s’y joue n’a rien de local. Biden vient de demander au Congrès 33 milliards supplémentaires pour la guerre, dont 20 milliards d'armements, sept fois plus que ce que les USA ont déjà envoyé.

La campagne présidentielle à peine finie, Macron, Mélenchon et Le Pen commençaient le troisième tour du match, chacun soucieux d’abord et avant tout de garder la main sur ses propres troupes et celles et ceux qui seraient tentés de négocier leur ralliement. Élu ou pas, tous les trois sont moulés, façonnés par les institutions de la Vème République, le régime présidentiel qui soumet l’Assemblée au président. Ils se disputent les restes des vieux partisbalayés qui se battent, pathétiques, pour tenter de sauver quelques députés, postes et sinécures pour celles et ceux qui n’ont pas pu ou su retourner leur veste à temps comme l’ont fait les Woerth, Sarkozy, Valls et autres Le Drian ou ceux dont personne ne voulait...