Après les élections au Chili et la déroute de la droite, l’impasse annoncée de la Constituante et la nécessité d’une perspective démocratique et révolutionnaire
Aux élections municipales, régionales et pour la nouvelle Convention constitutionnelle (Constituante) des 15 et 16 mai, la droite arrogante et haïe a été laminée. Iracir Hassler, jeune communiste à la tête d’une coalition de gauche, a ravi la mairie de Santiago à Felipe Alessandri, représentant d’une famille de droite extrême historique. Les résultats de la droite présidentielle (39 élus sur 155) ne lui permettent même pas d’opposer son droit de veto à l’élaboration de la nouvelle Constitution que le mouvement de 2019 a imposée dans la rue.
Et principale surprise, 58 « indépendants » dont 25 proches des anticapitalistes, porte-paroles des mouvements de femmes, de jeunes, d’indigènes, d’écologistes, contre la répression policière de ces dernières années, ont aussi été élus à la Convention, telle une figure du mouvement social d’il y a deux ans, « Tante Pikachu », femme du peuple de toutes les manifestations. Ils ont donné un camouflet à la droite du Président Piñera, milliardaire à la fortune estimée à 2,9 milliards, alliée à l’extrême droite, avec tous les moyens et médias possibles face à des candidats dépourvus de tout cela.
Appel des militaires, manif des flics, union nationale de la réaction, la décomposition sociale et politique en cours
« L’armée peut-elle sauver la France ? », telle était la une du torchon d’extrême-droite Valeurs actuelles publiant la deuxième tribune de militaires, cette fois d’active, dans la foulée de l’appel des généraux en retraite du 21 avril 2021, date qui faisait référence au 21 avril 1961, lorsqu’un « quarteron de généraux » perpétrait un putsch militaire à Alger contre De Gaulle pour défendre l’Algérie française. Tout un programme que reprend à son compte la deuxième tribune adressée « aux ministres, parlementaires, officiers généraux » accusés de « lâcheté, fourberie, perversion ». Il y est écrit : « La guerre civile couve en France. Si elle éclate, l’armée maintiendra l’ordre, parce qu’on le lui demandera ». Ces officiers se déclarent disponibles pour la répression contre les classes populaires clairement désignées : « Nous avons connu l’opération Sentinelle. Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance. »
Le terrorisme de l’État et de l’extrême droite d’Israël ne pourra venir à bout du soulèvement de la jeunesse et de la population palestiniennes
La révolte de la jeunesse et de la population palestiniennes, partie d’un quartier de Jérusalem-est, s’est étendue en une quinzaine de jours à tous les secteurs de la population palestinienne malgré la violence de la répression, le morcellement de son territoire et la diversité de ses statuts qui lui a été imposée par plus de 70 ans de colonisation. Des millions de manifestants à travers le monde ont crié leur solidarité avec les Palestiniens et dénoncé les bombardements meurtriers de l’armée israélienne sur Gaza. Vendredi, après 12 jours de ce déluge de bombes qui a fait plus de 230 morts et près de 2000 blessés dans la population gazaouïe, Israël a dû concéder un cessez-le-feu.
Un soulèvement général contre l’oppression coloniale sioniste
Dix ans après le début du Mouvement des indignés, « déroute de la gauche » à Madrid et... de la politique des « partis larges »
Il y a dix ans, le 15 mai 2011, commençait en Espagne le Mouvement du 15M. A l’appel sur les réseaux sociaux de quelques jeunes qui s’étaient rassemblés sur la place de la Puerta del Sol à Madrid, un vaste mouvement de contestation commençait autour du mot d’ordre « Democracia real ya » (une vraie démocratie maintenant). Des centaines de milliers d’« indigné.es » occupaient les places dans une centaine de villes, en réponse aux conséquences sociales de la crise de 2007-2008 et à la politique d’austérité du gouvernement PSOE de Zapatero. Ce mouvement enthousiasmant, où tout le monde débattait, cherchait à tâtons les chemins pour « faire de la politique autrement », contestait le pouvoir des banques et des multinationales, s’inscrivait dans le prolongement des Printemps arabes, tandis que des mouvements identiques se développaient dans d’autres pays, comme en Grèce, mais aussi aux USA, avec Occupy Wall Street.
De « 1981, la révolution suspendue » à « l’avenir en commun »… gérer le capitalisme à travers la collaboration de classe ou en finir avec la dictature de la finance ?
A l’heure où tout ce que la gauche institutionnelle compte de partis, courants et autres mouvements, cherche à donner un minimum de crédit à son ambition de retourner aux affaires au sommet de l’Etat, l’anniversaire du 10 mai 1981 était l’occasion à ne pas rater. Une « révolution suspendue » d’après Mélenchon qui a consacré une conférence entière sur le sujet. Chacun y est allé de sa commémoration, revendiquant et s’inscrivant dans la continuité de cette heure de gloire de la gauche unie pour gérer les affaires de la bourgeoisie… cherchant à faire oublier que sa fonction a été d’orchestrer l’offensive libérale pour le compte des classes dominantes confrontées à la récession économique. La même offensive, dans le cadre de la mondialisation capitaliste, que Thatcher en Angleterre et Reagan aux USA avaient déjà engagée avec brutalité.
L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir après 23 ans de gouvernements de droite et l’entrée de 4 ministres PCF dans le gouvernement (Georges Marchais avait recueilli 15,3 % des voix au 1er tour, Mitterrand 25,8 %) avaient alors suscité un grand espoir dans le monde du travail et parmi nombre de ses militant.e.s. Espoir bien déraisonnable qui n’allait pas tarder à provoquer de profondes désillusions d’autant que l’ensemble des organisations de la gauche institutionnelle, politique et syndicale, s’employait à appeler à « donner du temps » et à faire taire toute contestation, entre autres en organisant l’exclusion des opposants dans les syndicats, en tentant de disqualifier les grèves telle celle des ouvriers des chaînes automobiles en 1983 qualifiées de « grèves des ayatollahs » par le pouvoir. La suite a été chèrement payée, économiquement, socialement et politiquement par le monde du travail et ses militant.e.s.
Pour que le mouvement des femmes impulse et dynamise la lutte pour l’émancipation de toutes et tous
Le 25 avril dernier, la Marche lesbienne appelée par le collectif Collages lesbiens, a réuni près de 10 000 manifestant.e.s à Paris. Elle dénonçait le rejet par le sénat, le 4 février dernier, de la PMA pour tout.e.s, gratuite, une promesse de campagne de Hollande puis de Macron. Votée cet été à l’Assemblée, elle a été retoquée par les sénateurs réactionnaires de LR, qui défendent les valeurs rétrogrades de la famille catholique traditionnelle, salués par la Manif pour tous et la non moins réactionnaire association « Marchons, enfants ! ».
Soutenues par l’Église et l’extrême-droite, ces associations intégristes exercent une pression continue pour défendre l’ordre patriarcal, la famille traditionnelle hétérosexuelle qui enferme la femme dans le rôle subalterne de servante et procréatrice, pilier de l’ordre moral et social de la bourgeoisie.
Mais la PMA pour tout.e.s, gratuite, comme le mariage pour tou.te.s, s’impose aujourd’hui comme une évidence, un droit démocratique lié à la modernisation de la société, à la dissolution de la famille patriarcale et au développement de formes nouvelles de la famille.
« Refuser de payer leur crise » c’est placer nos mobilisations et nos luttes dans la perspective d’en finir avec un capitalisme sénile et destructeur
Lundi 3, sur RTL, Le Maire présentait ses « quatre pistes » pour éponger la « dette covid », 168 milliards dépensés par l’Etat pour voler au secours des patrons : 1) miser sur la reprise économique ; 2) étaler la dette ; 3) transformer le pays, réformer ; 4) faire payer les entreprises ayant perçu des aides…
Le Maire laisse entendre qu’il veut faire payer les patrons… sans augmenter leurs impôts, simplement en faisant en sorte qu’une partie de ce qu’ils paient déjà aille au remboursement de la dette covid. Comme si allouer plus d’argent au remboursement de la dette sans augmenter les recettes ne revenait pas à diminuer d’autres lignes de dépenses budgétaires ! Le secret de ce tour de passe-passe est dans la « piste » 3 : « transformer le pays, réformer », c’est « poursuivre les transformations structurelles comme la réforme des retraites, que j’estime nécessaire dans notre pays » explique-t-il.
Et d’autres conséquences du traitement budgétaire de la crise de la covid s’abattent déjà. Entre autres, selon l’Association des Maires de France, « un tiers des collectivités locales vont augmenter leur taxe foncière » pour faire face à l’accroissement de dépenses indispensables alors que la participation de l’Etat ne cesse de diminuer.
Contre le patriotisme et le racisme, contre les vieilles ganaches militaires, l'unité et la solidarité internationaliste du monde du travail
Avec plus de 150 000 manifestants dans 300 défilés à travers toute la France, le succès de ce 1er mai a permis que s’exprime, déconfinée, dans la rue, la colère qui s’accumule depuis des mois, malgré, à Paris, les exactions de la police et les agressions odieuses et inacceptables contre la CGT, un début de réponse à l'offensive antisociale et réactionnaire qui se poursuit...
Nouvelle épisode de la surenchère sécuritaire du gouvernement, le projet de loi « relatif à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement » était présenté mercredi en Conseil des ministres. Le même jour, sept militants italiens, réfugiés depuis plusieurs décennies en France où ils ont refait leur vie, étaient arrêtés, présentés comme d’anciens membres des Brigades rouges, sous la menace d’une extradition vers l’Italie où ils encourent de lourdes condamnations.
Démagogie sécuritaire et bassesse policière qui s’accompagnent d’une offensive réactionnaire au nom de la défense des « principes de la République » contre les « communautarismes », entretiennent un climat raciste nauséabond qui encourage tous les nostalgiques de la vieille France coloniale, de la France de Pétain, de la sale guerre d’Algérie…
Changer le monde, oui mais comment ? L’actualité du débat entre marxisme et anarchisme
L’évolution de la société sous la pression de l’offensive capitaliste, de l’État et des politiciens suscite un large mécontentement, une profonde révolte, une envie de changer le monde qui a bien du mal à trouver les moyens d’agir. Dans la jeunesse tout particulièrement, plus largement dans le monde du travail, dans les milieux militants, syndicalistes aussi.
Les forces politiques ou syndicales censées porter des idées démocratiques, progressistes, contestataires sont toutes, d’une façon ou d’une autre, intégrées à l’ordre social, cet ordre prétendument républicain qui est celui de l’exploitation et de l’oppression, du racisme et des politiques sécuritaires, un ordre dépassé et sans avenir.
De nombreuses mobilisations locales ont lieu, porteuses de dignité, d’engagement, de courage, d’autres, plus larges se sont développées dans tout le pays comme les marches des jeunes pour le climat, les luttes des femmes ou le mouvement des gens du spectacle qui ont fait de l’abrogation de l’assurance-chômage, de la lutte contre la précarité, leur combat.
Face à la faillite capitaliste et à l’offensive réactionnaire, unité de la gauche ou unité du monde du travail et unité des révolutionnaires ?
Castex, Véran, Blanquer, jouant les bateleurs de foire, ont à nouveau fait leur show pour confirmer, la mine grave, la fin de la limitation des déplacements à 10 km et la réouverture des écoles puis des collèges et lycées… sans que rien n’ait changé par ailleurs ! Les réanimations, et plus généralement les services hospitaliers continuent à déborder, les personnels exténués démissionnent à tours de bras. Les enseignants sont renvoyés au front sans plus de moyens, sans vaccination pour la grande majorité ni protection supplémentaire.
Les bonnes nouvelles sont pour les entreprises, garanties par Le Maire de continuer à « bénéficier du soutien des pouvoirs publics ». La possibilité qui leur a été donnée de souscrire des prêts garantis par l’Etat (PGE) est prolongée jusqu’à la fin de l’année. Elles pourront les utiliser pour rembourser leurs dettes… une cavalerie financière sans aucun risque pour les banques puisque l’Etat se porte garant, avec notre argent. Pendant ce temps, les licenciements, les annonces de fermeture continuent, dans l’automobile comme chez Bosch à Rodez, Man à Saint-Nazaire ou GFT à Blanquefort ; l’aéronautique comme chez les nombreux sous-traitant d’Airbus, le commerce, l’hôtellerie, le prêt-à-porter, etc. Sans compter les dizaines de milliers d’auto-entrepreneurs, artisans, commerçants et autres « indépendants » et précaires aujourd’hui sans travail. Des générations de jeunes arrivent sur le marché du travail sans trouver autre chose que quelques heures de caissiers, livreurs, manutentionnaires, brutalement confrontés à l’exploitation, à la violence sociale et au cynisme de cette société qui nourrissent l’inquiétude d’un lendemain difficile à imaginer et la colère, la volonté de changer les choses.