« Succès populaire » titraient nombre de journaux au lendemain du premier tour de la primaire de la droite et ses 4 millions de votants (9 % du corps électoral)… apparemment subjugués par cette droite décomplexée des Fillon, Juppé, Sarkozy and Co à l’offensive depuis des mois dans une surenchère anti-ouvrière.

Au sein de l’électorat de droite, la frange la plus réactionnaire s’est sans conteste mobilisée, celle de la Manif pour tous, défenseurs de la famille « traditionnelle » et autres nostalgiques de la « grandeur de la France »… un électorat que se disputent les deux finalistes en courant le plus à droite possible, tel Juppé (la prétendue droite de gauche !) assurant dans l’Express en début de semaine : « je suis baptisé, je m'appelle Alain Marie, je n'ai pas changé de religion et je comprends parfaitement le point de vue de mes coreligionnaires catholiques ». Quant à Fillon, il a convoqué dans le dernier débat Clovis et Jeanne d’Arc… tout en se plaignant toute la soirée d’être caricaturé, revendiquant la « modernité »…

Nous écrivons alors que s’est ouvert à Bobigny, 7 ans après, le procès de 3 policiers qui ont blessé 6 personnes –dont l’une a perdu un œil- qui protestaient contre l'expulsion de squatteurs d’un centre social à Montreuil.Pour justifier leurs tirs de flash-ball, les trois policiers avaient invoqué la légitime défense, prétextant avoir subi une « pluie de projectiles » ! Totalement faux d’après les témoignages de riverains qui ont décrit aux enquêteurs un rassemblement pacifique.

Le 19 juillet dernier, le jeune Adama Traoré mourait asphyxié par des gendarmes, une bavure meurtrière qui s’ajoute à tant d’autres agressions policières impunies. Mercredi 23 novembre, deux des frères d'Adama, Youssouf et Bagui sont passés en comparution immédiate, accusés de violences par 7 gendarmes au cours d'un rassemblement pacifique le 17 novembre à l'occasion du conseil municipal de Beaumont-sur-Oise, ville dont était originaire Adama et dont la maire UDI veut attaquer sa sœur  en justice! Ils se retrouvent tous les deux en détention préventive jusqu’à leur procès le 14 décembre.

Ces faits viennent rappeler à quel point la revendication des policiers d’étendre leur droit de légitime défense est dangereux pour la population et certainement pas une réponse à ce qu'il est maintenant convenu d'appeler « le malaise de la police ».

Le 12 décembre, les grands électeurs éliront Trump président des États Unis bien qu'il ait globalement obtenu moins de voix que Clinton. Le 20 janvier prochain, ce dernier prendra ses fonctions. La nouvelle a surpris, provoqué un choc. Tous ceux qui pensaient que Trump jouerait le rôle de l'idiot utile pour permettre à la détestée Hilary Clinton de gagner, se sont trompés. C'est l'inverse qui s'est produit, le rejet, la haine de l'arrogance du camp Clinton a nourri l'abstention et le vote Trump. Le show médiatique qui a tenu lieu de campagne entre les deux candidats de la bourgeoisie comme son issue donnent un aperçu du mal profond qui ronge la prétendue démocratie américaine.

Cette victoire de Trump est ici l'objet d'une dramatisation qui n'est pas toujours politiquement désintéressée. Les milieux proches du PS qui anticipent pour leur parti un effondrement pire que celui des Démocrates voudraient se servir de Trump comme d'un épouvantail anti Le Pen.

Le Nouvel Observateur parle d'un « tremblement de terre géopolitique aux conséquences potentiellement dramatiques ». Comme si ce tremblement de terre n'avait pas commencé plus tôt.

Oui, en effet la situation du monde soumis à la dictature de la finance et de la libre concurrence est inquiétante, « les conséquences dramatiques » ne sont pas à venir, elles sont là. L'élection de Trump en est le symptôme. Il représente un danger en tant qu'il sera, comme le fut Obama, comme l'aurait été Clinton, l'agent propagandiste, commercial de ce que décideront les Etats-majors de Wall Street, du Pentagone et du FBI.

Le 5 novembre, le PC a réuni une Conférence nationale pour se prononcer sur deux « options » pour la Présidentielle : soit le soutien à Mélenchon, qui a réuni environ 42% des suffrages ; soit une candidature du PC, retenue par près de 53% des votants. Un vote de tou-te-s les adhérent-e-s du PC aura lieu fin novembre pour finaliser ce choix.

La veille même du vote, alors qu’il ne s’était pas prononcé clairement jusque-là, Pierre Laurent annonçait son soutien à la première position, pour finalement être désavoué par la Conférence le lendemain.

Sans doute que pour bien des militants du PC, ce vote est une façon de vouloir affirmer l’indépendance de leur parti, leur refus d’un ralliement derrière le candidat autoproclamé Mélenchon, qui impose à tous ses soutiens son programme et La France insoumise, véritable franchise sous laquelle devront se ranger tous les candidats aux législatives qui suivront la présidentielle. Qui impose aussi ses prises de position en soutien à la police, son nationalisme, ses petites phrases contre les travailleurs immigrés, etc.

« L’évènement » a été couvert par 700 journalistes en présence de1250 hommes des forces de l’ordre. Les images du démantèlement du camp-bidonville de Calais et l’évacuation forcée de milliers de personnes démunies ont tourné en boucle, de même que les propos lénifiants des autorités : une « opération de mise à l’abri » pour la Préfecture, une « opération humanitaire » pour le gouvernement ! Mais la satisfaction affichée par la Préfète, Cazenave ou Cosse, la très zélée ministre « verte » chargée du logement, est impuissante à masquer la brutalité, la violence de la situation faite aux milliers de migrants contraints jusqu’à ce jour de survivre entassés dans ce qui est devenu le plus grand bidonville d’Europe, pris au piège dans leur fuite vers l’espoir d’une vie meilleure... et « relocalisés » aujourd’hui de force.

Venant des quatre coins des Proche et Moyen Orient, d’Afrique ou d’Asie, ils étaient encore lundi matin 8143 d’après les associations du camp, dont 1500 mineurs. La plupart de ces hommes, femmes et enfants ont été dirigés de force vers des destinations qui leur étaient inconnues alors que l’immense majorité est prête à risquer sa vie pour aller en Angleterre. Nombreux sont ceux qui craignent d’être expulsés vers le premier pays européen dans lequel ils ont été enregistrés, le seul où ils sont en « droit » de faire une demande d’asile... et se voir ainsi renvoyés de frontières en camps sur le chemin d’un exil qui dure pour certains depuis plusieurs années. Mercredi soir, alors que la préfète avait annoncé fébrilement… la fin de l’opération de démantèlement et la « mise à l’abri » de 1500 mineurs dans des conteneurs du centre d’accueil provisoire de Calais, des centaines de personnes, dont 200 à 300 autres mineurs, se retrouvaient sans aucun hébergement ! Les autorités n’ont alors rien trouvé de mieux que de rouvrir le bidonville au milieu des carcasses calcinées, des gravats et des fumées…

Si la « Convention de la France insoumise » qui s’est tenue à Lille à la mi-octobre a voulu se donner un air moderniste (tirage au sort des participants, interaction vidéo, programme participatif...), le contenu politique est resté très soumis aux clichés républicains les plus conservateurs. Cinq ans après la campagne du Front de Gauche « L’Humain d’abord », sur laquelle la base sociale du PC avait pesé, c’est une campagne bien plus droitière, où le rouge a cédé la place au bleu pâle, qu’entend imposer Mélenchon à ceux qui se rallient à lui, sur la base d’une démagogie nationaliste proclamée par le nom même du mouvement, « France insoumise ». L’apologie de la nation, du peuple souverain, de l’Etat et de la loi constitue son fondement, une orientation qui flirte de plus en plus avec des préjugés réactionnaires, contradictoire avec ses propres revendications pour une « société humaine » face aux inégalités sociales et à la destruction de l’environnement.

La mystification du « peuple souverain »

Il est fréquent d’entendre autour de nous des gens protester que « le peuple ne compte pour rien », qu’ « il faudrait que le peuple dirige »... Comprendre la légitimité de cette colère face au mépris et à l’exclusion des couches populaires dans cette société de classe est cependant autre chose que de la flatter en laissant croire qu’il pourrait y avoir un « peuple souverain » dans ce système.

Le temps semble loin où, de Sarkozy à Hollande en passant par Christine Lagarde, alors Ministre des Finances, on nous serinait que « la crise est derrière nous »… Non seulement la crise commencée en 2007 avec l’effondrement des subprimes aux Etats-Unis n’est pas « derrière nous », mais les « mesures » prises par les gouvernements pour soi-disant l’éradiquer n’ont fait que repousser le pire, préparer de nouvelles menaces, à l’image des soubresauts qui agitent actuellement les banques européennes.

Des banques au bord du gouffre

De profondes restructurations bancaires ont eu lieu en Espagne ce début d’année, et se poursuivent toujours. En juillet, une crise se déclenchait en Italie dans des banques minées par les « créances douteuses » (titres de dette ayant une grande probabilité de n’être jamais remboursés, pour un total de 360 milliards d’euros, 20 % du PIB du pays), faisant dire à certains « prévisionnistes » qu’elle ne pouvait que se propager à l’ensemble de l’Union européenne. Mais c’est le « pilier de l’économie allemande », la Deutsche Bank, dont les actions ont perdu 50 % de leur valeur depuis le début de l’année, bousculant l’ensemble des marchés financiers, qui concentre aujourd’hui toutes les craintes… Neuvième banque mondiale, totalement interconnectée aux autres banques européennes et mondiales, sa faillite entraînerait certainement une crise de tout le système financier, un cataclysme économique au niveau mondial.

L’offensive réactionnaire engagée par la gauche comme par la droite et l’extrême droite est amplifiée par la campagne pour la présidentielle jusqu’à devenir une ridicule parodie haineuse qui, certes, pèse lourdement sur l’opinion mais semble développer sa propre logique dans un monde bien loin de celui des classes populaires, celui des dites « élites » politiciennes aveuglées par leurs propres discours alimentés par leurs rivalités et leur peur du mécontentement qui sourd de partout.

Ils sentent bien qu’ils n’ont plus prise et ils s’accrochent de plus en plus à leur État, ou plutôt celui des classes dirigeantes, à sa police objet de toutes leurs sollicitudes dans leur empressement à confondre les voyous avec les classes populaires comme le démontrent leurs discours à propos de l’attaque de policiers à Viry-Châtillon.

Ce déferlement est alimenté aussi par le drame des migrants victimes de leurs politiques, de leurs guerres et cependant désignés à la vindicte populaire. Mais là encore, le monde du travail ne semble pas se laisser instrumentaliser aussi facilement que ces manipulateurs d’opinion pouvaient l’espérer.

Et c’est surtout sur le plan social que la colère trouve les moyens de se faire entendre malgré le bruit assourdissant des médias.

Une fraction de la jeunesse a été l’initiatrice du mouvement dans les lycées et les facs dès le 8 mars dernier. Si la pétition de Caroline de Haas a été un révélateur de la révolte qui couvait et qui devait s’exprimer dans les rues, c’est la jeunesse, en bloquant des lycées et des facs, en manifestant bruyamment et audacieusement qui lui a donné corps. Les vidéos de « On vaut mieux que ça » ont été au moins aussi populaires que « Loi Travail, non merci ! ».

En effet, la jeunesse qui s’est mobilisée avait tout de suite compris qu’il s’agissait d’une attaque en règle contre les futurs salariés qu’ils seraient. Elle avait entrevu, au-delà de la loi, le modèle de société qui se préparait à l’opposé de ses aspirations profondes : contre l’esclavage moderne (que bien des jeunes connaissent souvent voire uniquement dès qu’ils commencent à travailler, ce que font la moitié des étudiants, par exemple), pour le respect de sa dignité, la liberté de parler et d’agir, d’expérimenter, de se moquer de l’ordre établi, du gouvernement et de son monde et de les contester. La jeunesse a montré qu’elle n’aime pas être victimisée ; elle se sait victime et ne l’accepte pas.

Les accords de libre échange en cours de négociation par l’Union européenne et les Etats-Unis (TAFTA) comme celui en voie de signature avec le Canada (CEPA) suscitent, à juste titre, inquiétude et contestation. Des manifestations ont réuni 9 000 manifestants anti-TAFTA à Bruxelles le 9 septembre, 250 000 à Berlin le 10 octobre, alors que se prépare la manifestation de samedi 15 à Paris à l’initiative du collectif Stop-Tafta. Ce collectif dénonce l’hypocrisie du gouvernement qui fait semblant d’avoir des réticences sur le TAFTA alors qu’il s’apprête à signer son clone, le CETA. Il dénonce le secret dans lequel ces accords sont négociés par la Commission européenne, le fait que 95 % des organismes qu’elle a consultés sont les lobbys des multinationales. Il en décrit les menaces sociales, économiques, écologiques, démocratiques… De bonnes raisons de nous opposer à ce qui ne peut être qu’un arrangement entre prédateurs pour mieux pressurer les travailleurs et les peuples.

Mais à défaut de formuler une réponse globale autre que l’exigence, pour le gouvernement, de ne pas signer l’accord CETA et de stopper les négociations sur le TAFTA, il laisse la place à la politique protectionniste que défendent un certain nombre d’organisations s'opposant au TAFTA et au CEPA.