Lecornu, le moine-soldat selon sa propre expression, ex-démissionnaire, redevient Premier ministre par défaut et du fait du prince retranché à l’Elysée, et qui lundi court en Egypte pour apporter son soutien au plan de Trump de destruction de tout espoir d’un Etat palestinien qu’il prétendait défendre.

« J’accepte – par devoir – la mission qui m’est confiée par le président », a déclaré Lecornu. Première station du calvaire, constituer un gouvernement auquel LR a déclaré qu’il ne participera pas et que LFI et le RN censureront si jamais il voit le jour et se présente devant l’Assemblée nationale. Le PS et EELV, après s’être livrés à toutes les contorsions pour prouver leur sens des responsabilités, leur servilité aussi, semblent disposés à ne pas reculer sur la censure… Difficile de faire autrement tant il est évident que la mission de Lecornu 2 se résume à faire passer le budget d’austérité des riches et du CAC40 contre le monde du travail, en espérant que la peur des députés de retourner devant les électeur·trices en cas de dissolution réussisse à mettre en minorité la motion de censure annoncée.

Trump a annoncé dans la nuit du 8 au 9 octobre alors que les négociations avaient commencé à Charm el-Cheikh, en Égypte, qu’Israël et le Hamas avaient « tous deux accepté la première phase » du « plan de paix » qu’il avait présenté le 29 septembre avec à ses côtés Netanyahou.

Cette annonce a suscité à Gaza ainsi qu’en Israël la liesse populaire à la perspective du cessez-le feu et de la libération des otages et des prisonniers politiques palestiniens. Cette première phase du plan donne à voir ce que sera la suite alors que le dirigeant palestinien Marwan Barghouti, détenu en Israël depuis 2002, ainsi que les militants symboles les plus marquants de la lutte armée ne figurent pas sur la liste des prisonniers palestiniens qui seront libérés dans le cadre de l’accord.

Le plan s’inscrit, sous couvert de paix, dans la continuité de la guerre génocidaire.

La journée du 2, troisième journée de mobilisation de la rentrée depuis « Bloquons tout », a rassemblé moins de monde que les deux précédentes. Elle n’est cependant en rien la fin de la mobilisation mais ouvre une nouvelle étape pour rebondir. L’impulsion donnée par la journée du 10, grâce à la dynamique créée par un réel mouvement parti d’en bas, bousculant les appareils et l’intersyndicale, ouvrant la porte à la prise en main par les travailleurs eux-mêmes de leurs mobilisations, inquiétant le pouvoir et le patronat, n’a pas épuisé sa force. Le 2 illustre par contre l’impasse et l’échec de la politique de l’intersyndicale qui instrumentalise la colère pour mieux négocier sa reconnaissance par le patronat et le pouvoir. Elle avait pour objectif de « faire pression » sur Lecornu dans le cadre des tractations qu’il mène péniblement avec la gauche syndicale et politique pour sauver un gouvernement encore virtuel, demain composé de ministres démissionnaires reconduits autour d’un remake du budget Bayrou !

1) La crise sociale et politique que connaît le capitalisme français est une des manifestations d’une crise internationale plus particulièrement de sa composante qui ébranle le camp occidental des vieilles puissances coloniales et impérialistes, les USA et les puissances de l’Otan. Cette crise obéit à deux lignes de forces déterminantes, la crise d’accumulation du capitalisme financiarisé mondialisé et l’exacerbation de la concurrence pour l’appropriation et le partage des profits réalisés par l’exploitation du prolétariat mondial entre les vieilles puissances impérialistes et les puissances capitalistes émergentes en particulier la Chine, la Russie et les autres puissances des Brics.

La Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et le Portugal ont officiellement annoncé leur reconnaissance d’un État palestinien, avant que Macron ne le fasse pour la France le 22 septembre à l’occasion de la Conférence internationale sur le Proche-Orient la veille de l’ouverture de la 80èmeAssemblée générale des Nations Unies à New York. Cette conférence est l’aboutissement d’une initiative diplomatique impulsée par la France avec l’Arabie saoudite et des pays arabes, opération diplomatique qui vise à permettre à la France de garder un rôle au Moyen-Orient en jouant un double jeu qui convient si bien à Macron instrumentalisant le drame palestinien pour négocier sa place entre ses amis sionistes et américains et les États arabes.

Cette reconnaissance tardive d’un État palestinien dont Netanyahou est en train de détruire la possibilité même, présentée comme une défense d’une « solution à deux États » à la guerre d’Israël dénommée « conflit israélo-palestinien » constitue une tromperie cynique, une falsification historique. Elle constitue une tentative vaine de la part de Macron, Starmer en Grande-Bretagne ou Carney au Canada de donner le change face à l’indignation et la colère, la révolte que suscite le génocide et que les uns et les autres continuent de réprimer.

Après deux semaines de « consultations » avec les partis politiques et les confédérations syndicales, Lecornu a dévoilé le fond politique de son projet de budget, en droite ligne à quelques bémols près de celui de son prédécesseur. Après avoir amusé la galerie, il a fait son choix, conscient qu’il sera très certainement censuré à son tour, voire incapable même de former un gouvernement : exit la taxe Zucman, le retour de l’ISF, sur la réforme des retraites, etc. Et en route vers une très probable dissolution et des législatives anticipées… Même si le PS, qui doit rencontrer Lecornu ce début de semaine, voudrait y croire encore, comme l’explique Faure « … je veux voir la copie complète du budget avant de me prononcer sur la censure. » « S’il n’entend pas nos revendications, alors nous le censurerons sans hésitation ! »…

Jeudi, nous étions là, des centaines de milliers, révoltés et combatifs, plus nombreux que le 10, grossis par de nombreux nouveaux travailleurs en grève. Plus d’un million dit la CGT, peut-être, 500 000 dit Retailleau, sûrement bien plus et cela malgré la propagande haineuse du ministre de l’intérieur démissionnaire qui avait annoncé des milliers de « bloqueurs, du sabotage, des groupuscules d’extrême gauche qui veulent casser et qui sont ultraviolents » pour justifier sa politique d’intimidation et de répression policière. 80 000 policiers et gendarmes, 24 blindés et 10 canons à eau sans oublier les drones ont été déployés sur tout le territoire pour provoquer les incidents, les affrontements, la violence comme ce fut le cas en particulier à la fin de la manif parisienne.

Ce cirque policier mis en scène par les médias n’a pas intimidé les milliers de travailleur·es, de jeunes qui ont organisé des actions, tenu des Ags, fait grève, manifesté pour dire qu’ils n’entendaient pas céder.

« La violence n’est pas un moyen d’action politique légitime, et personne ne doit l’excuser. Il ne peut y avoir de liberté de manifester sans le respect des lois », a renchéri Lecornu le soir du 18 tout en disant, dans la foulée sa volonté de « poursuivre le dialogue » et de recevoir « à nouveau les forces syndicales dans les jours qui viennent ».

« Le roi est nu = Macron a Lecornu », une pancarte résumait ainsi le nouvel épisode de la farce parlementaire et de l’effondrement de la macronie après la nomination de l’ex-ministre des armées, auteur du livre « Vers la guerre ? La France face au réarmement du monde » comme Premier ministre de Macron, le cinquième depuis le début de son second quinquennat en 2022. Fidèle d’entre les fidèles, il promet une politique de « rupture », rupture avec lui-même et son ex-gouvernement, c’est-à-dire la poursuite de l’austérité pour les profits et la guerre qui sera la politique de son proche successeur si la rupture cède la place à la censure comme le promet l’ambitieux Bardella...

Le départ forcé de Bayrou s’inscrit dans une longue période de crise politique du pouvoir en France, une difficulté de plus en plus grande pour l’exécutif de disposer d’une majorité lui permettant de faire valider sa politique au profit des classes dominantes par les canaux dits « démocratiques », tandis que monte la menace du regroupement de forces réactionnaires postulant au pouvoir. Cette crise politique est à l’œuvre partout sur la planète, marquée par l’évolution vers l’extrême droite des pouvoirs des pays dits « démocratiques », à l’instar des USA de Trump.

La semaine a été ponctuée par les « consultations » et tractations qui, sans surprise, n’ont débouché sur rien d’autre qu’une accélération de la crise politique qui affaiblit le pouvoir aussi vite que Bayrou fait le tour des plateaux télé.

Le « camp présidentiel » s’est réduit à sa plus simple expression, LR a explosé en vol, les Wauquiez, Retailleau et les ex comme Darmanin jouant chacun leur partition sous la pression du RN. Un RN qui se dit prêt à gouverner et réclame la dissolution de l’Assemblée que Macron, réduit à 15 % d’opinions favorables dans les sondages et Bayrou, 14 %, assurent à ce jour ne pas vouloir. Vendredi, ce dernier déclarait sans rire : « Je me sacrifie pour apaiser les tensions »... « Le Président va nommer un Premier ministre qui tentera de former un gouvernement […] Je resterai à Matignon le temps qu’un successeur soit trouvé » !