Le séminaire de « refondation » du Front national, les 21 et 22 juillet, était censé répondre aux doutes provoqués par l’échec, très relatif malheureusement, de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, suivi des 14 % aux législatives. Le FN réalise en effet son meilleur score mais il est un parti comme les autres, au moins sur ce terrain de la lutte pour le pouvoir, et il regroupe autour de lui des gens qui en espèrent postes, sinécures et autres avantages...

D’où les frustrations et insatisfactions, les doutes et les difficultés de Marine Le Pen, la contestation dont elle a été l’objet. Elle semble avoir réussi à la surmonter en étant élue députée et c’est sur Philippot, le vice-président, que les critiques se sont concentrées.

Le fait que Sophie Montel, proche de ce dernier, ait été démise de sa fonction de présidente du groupe FN au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté donnait du crédit à la possibilité d’un réel conflit entre la présidente et son vice président. Qu’en est-il exactement ? Personne n’en sait rien dans ce parti où la démocratie est une façade et où les dirigeants se livrent à des jeux de rôle bien répartis…

Aujourd’hui 4 août, Maduro installe sa Constituante, élue dimanche dernier. Cette élection, boycottée par l’opposition, s’est déroulée dans le climat d’affrontements meurtriers quasi quotidiens auxquels le pays est en proie depuis plus de 4 mois. La journée de vote, très violente, s’est soldée par une dizaine de morts.

Cela n’a pas empêché Maduro de se féliciter, dès le soir du scrutin, d’un résultat qui aurait atteint 41,5 % des voix, un million de voix de plus que le vote organisé par la droite contre cette élection le 16 juillet. Ces chiffres sont largement exagérés, comme l’a confirmé depuis l’organisme privé chargé d’organiser le vote électronique, qui a accusé le gouvernement d’avoir annoncé des résultats mensongers. Le mode d’élection permettait par ailleurs à certains électeurs de voter deux fois, comme citoyen d’une circonscription territoriale et comme membre de certaines catégories socioprofessionnelles, choisies par le pouvoir pour lui être favorables. Quant aux personnes les plus pauvres, qui dépendent des distributions de nourriture organisées par les CLAP (Comité local d’approvisionnement et de production), elles ont été menacées d’en perdre le « bénéfice » si elles s’abstenaient…

Mercredi matin, le général de Villiers a remis sa démission à Macron qui l’avait admonesté publiquement lors d’une réception officielle le 13 juillet. « Je suis votre chef », avait lancé Macron au chef d’état-major des armées parce que celui-ci avait protesté contre la réduction des crédits militaires sur l’année en cours de 850 millions d’euros. Alors même que le gouvernement s’est engagé à porter le budget militaire au montant astronomique de 2 % du PIB d’ici à 2025, soit environ 50 milliards d’euros contre un peu plus de 32 aujourd’hui.

La « première crise du quinquennat », comme l’ont titré certains journaux ? La première difficulté sérieuse, en tout cas, qui ternit le tableau idyllique, olympien, que les medias aux ordres de leurs neuf propriétaires milliardaires ont fabriqué du président « jupitérien ». Macron a facilement repris l’avantage face à son opposant galonné, un homme de son camp, serviteur comme lui des intérêts des classes possédantes.

L'affaire risque d'être plus compliquée devant le mécontentement de la population qui n’entendra pas rester, elle, la « grande muette » face une politique qui sacrifie ses intérêts pour ceux du grand patronat et... les dépenses militaires.

Manifestement Macron est un homme comblé. Il a enfin une scène, et quelle scène, pour jouer son propre rôle, tel qu'il se voit et se pense, subjugué et dupe de lui-même. Sarkozy, pourtant talentueux, n’était qu’un amateur dilettante. En une semaine, G20 à Hambourg, 14 juillet avec Trump, le Vel d'Hiv avec Netanyahou sans oublier Merkel le 13 juillet, lui ont permis de développer ses talents d'acteur enchaînant les rôles selon ses interlocuteurs, sous le masque d'un visage sans traits ni caractère porté par sa seule ambition de jouer des contradictions et des coudes pour se hisser en haut de l'affiche... Porté par son ambition à dominer les esprits, à servir les intérêts des capitalistes et une très haute idée de lui-même et de sa vertu...

La double provocation du Vel d'Hiv'

La commémoration de la rafle du Vél d'Hiv' était le point d'orgue d'une semaine passée à côtoyer les sommets du monde, l'Olympe du capitalisme. Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 juifs avaient été arrêtés à la demande des nazis et sur ordre du pouvoir français. Ils furent entassés plusieurs jours sur les gradins du Vélodrome d'hiver avant d'être emmenés dans des camps du Loiret. Là, 3 000 enfants en bas âge furent brutalement séparés de leurs parents, déportés les premiers vers Auschwitz. Moins d'une centaine de ces raflés – et aucun enfant – ont survécu.

Le gouvernement d’Erdogan vient d’annoncer que la théorie de l’évolution des espèces de Charles Darwin ne serait plus enseignée dans les collèges et les lycées à partir de la prochaine rentrée en Turquie, au nom des « valeurs turques ». Aux Etats-Unis, la milliardaire Betsy DeVos, nommée par Trump ministre de l’éducation nationale veut favoriser l’enseignement privé religieux pour « faire avancer le royaume de Dieu ».

Deux exemples inquiétants pour illustrer qu’au moment où toute la société s’enfonce dans une crise globale financière, économique, sociale, écologique, où le pouvoir des classes dominantes y perd en légitimité, on assiste à une offensive des idéologies les plus réactionnaires nationalistes, racistes, sexistes, religieuses… n'hésitant pas à nier les avancées de la connaissance scientifique ou à leur opposer une « post-vérité », des « faits alternatifs ».

Cette offensive déstabilise, brouille les repères dans toute la société jusque dans les rangs de ceux qui combattent pour l'émancipation sociale. Le rejet des discours officiels mensongers qui justifient des politiques réactionnaires avec un pseudo-discours scientifique peut conduire à remettre en cause la science elle-même, comme si finalement ce n’était qu’une opinion, une construction sociale comme une autre. Ce relativisme ne peut que désarmer les consciences et ouvrir la voie à tous les errements idéologiques, plus rien n’étant rattaché à une réalité objective connaissable.

Le tournant politique dont les élections ont été la sanction, l’effondrement du PC, la dynamique de La France Insoumise, les nouvelles attaques mises en route par Macron, plus généralement l’évolution du capitalisme mondialisé, posent au mouvement révolutionnaire une série de questions qui méritent discussion.

De ce point de vue, on pourrait se réjouir que Lutte ouvrière ait le souci de débattre avec le NPA. Dans le dernier numéro de Lutte de classe, elle publie un article intitulé « Le NPA à la recherche d’une politique ». Il est cependant difficile de dire qu’il s’agit d’une réelle volonté de discussion tant les faits sont déformés et les raisonnements caricaturés d’un point de vue unilatéral.

« Ça va (vraiment) mieux » titrait Alternatives économiques le 26 juin suite à la parution de la dernière note de conjoncture trimestrielle de l’INSEE qui annonçait, entre-autres, que la croissance du PIB pourrait atteindre 1,6 % en 2017. Cette réaction s’inscrit dans le climat d’euphorie qui semble s’être emparé des esprits avec l’arrivée de Macron au pouvoir. La satisfaction règne sur les visages et dans les discours des journalistes et des spécialistes qui se succèdent à la télévision pour commenter le « phénomène Macron », qui bénéficierait, selon eux, d’un « alignement des planètes incroyablement favorable » …

De la Révolution russe de Février à celle d’Octobre, huit mois de batailles sociales et politiques, d’accumulation de forces révolutionnaires, de déchainement de la réaction, marqués par plusieurs crises majeures, dont les journées des 20-21 avril, 10-18 juin et 3-4 juillet, ont transformé profondément la conscience de la classe ouvrière. Mais quand éclate en avril la première grande crise politique après la Révolution de Février, bien peu nombreux sont ceux qui voient dans le double pouvoir du Gouvernement provisoire et des Soviets, le début d’une opposition à mort entre le régime bourgeois et l’embryon d’un pouvoir ouvrier.

Le premier tour de l'élection présidentielle a soldé les comptes de plus de 30 ans d'alternance ou de cohabitation droite-gauche au service des classes dominantes. Les Législatives ont fini de tourner la page, soldant définitivement les comptes du PS et de LR, tous deux désormais en lambeaux, sans le moindre ménagement pour les perdants. De puissantes rentes de situation se sont écroulées en quelques semaines, bouleversant le paysage politique. Et le jeu de massacre continue.

Ferrand, Goulard, De Sarnez, Bayrou : la farce des « mains propres » n’aura guère duré. En trois jours, quatre ministres sur dix-huit ont été contraints de démissionner. Celui de la Cohésion du Territoire, sous le coup d’une enquête judiciaire pour « favoritisme » au bénéfice de sa compagne et aux dépens d’une mutuelle et de ses assurés... Puis la ministre des Armées qui a annoncé son forfait en plein salon du Bourget, grand supermarché où elle officiait la veille avec Macron et Dassault, jouant les VRP pour les industriels de l’armement et qui a entraîné dans son sillage les ministres des Affaires européennes et de la Justice, visés par l’enquête sur des emplois fictifs d’attachés au Parlement européen. Parmi eux, l’inénarrable Bayrou chargé par Macron de la « moralisation de la vie publique » et de « rétablir la confiance »…

Le projet de loi d’habilitation publié par Le Monde confirme l’ampleur de l’attaque voulue par Macron, Philippe et Pénicaud, au-delà des annonces de la campagne électorale. Après ce simulacre de concertation avec les syndicats qui se sont prêtés à cette mascarade, le gouvernement se dépêche maintenant de faire passer ses mauvais coups.

S’il n’a toujours pas communiqué le contenu des ordonnances à ce stade, la loi d’habilitation indique déjà les domaines où il veut s’attaquer aux droits des salariés : liberté plus grande de licencier, remise en cause du contrat de travail avec le CDI lié à une mission, dégradation des règles d’utilisation des CDD et des contrats d’intérim, primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche, etc.

Dans un communiqué, la CGT dénonce, après sa 2ème réunion, le silence du ministère sur « l’étendue des régressions sociales contenues dans les projets d’ordonnances » en commentant : « Le gouvernement n’assume toujours pas sa réforme »… Il assume au contraire totalement ses mauvais coups et roule des directions syndicales qui font semblant de croire à ce jeu de dupes !

Face à cette situation, des initiatives commencent à se prendre, comme celle d’un appel unitaire lancé par Copernic et rassemblant des syndicats CGT, Solidaires, des partis, etc.