Manœuvres politiciennes sur fond de pandémie et de régression sociale. Contre le bloc réactionnaire, nos mobilisations, notre indépendance de classe
Il ne se passe pas un jour sans que le pouvoir et ses alliés, leurs rivaux de droite et d’extrême droite, les médias aux ordres n’égrènent leur chapelet de propagande réactionnaire, cherchant à étouffer sans y réussir la contestation de la politique du gouvernement et de l’ordre social qu’il protège. Les 7, 8 et 9 mars, presque rien n’a transpiré sur les chaînes TV -et peu dans la presse écrite- de la mobilisation des femmes pour leurs droits et contre le patriarcat, de leur grève et de leurs manifestations, plutôt exceptionnelles en pleine journée le 8 mars, un jour de semaine. Sans doute les ministres et le gratin de la prétendue élite intellectuelle, directement incriminés comme Darmanin accusé de viol et Duhamel d’inceste, ou simplement soutiens par défaut d’un ordre machiste et sexiste qui juge normal par exemple que dans les grandes écoles, type HEC, EDHEC ou ESSEC on élise la « pute du mois » ou la « salope de la promo », craignent-ils d’être atteints à leur tour par de nouvelles révélations et usent de leur pouvoir pour tenter de faire taire la contestation et la révolte.
Le capitalisme sénile frappé par la pandémie rentre-t-il en phase terminale, transition vers une période de transformation révolutionnaire ?
La pandémie qui s’est répandue sur la planète révèle l’incurie des classes dominantes et des États qui les servent tant sur le plan sanitaire que sur le plan social ou démocratique. La propriété privée, la concurrence et les lois du marché, la course à la rentabilité financière, la domination de l’économie par des intérêts privés et les spéculations financières rendent impossible toute politique au service des intérêts et besoins collectifs.
La contradiction entre les progrès scientifiques et techniques et le capital financier se manifeste avec violence contre toute la société qu’elle entraîne dans une régression globale.
Marx écrivait en 1859 dans la préface de la Critique de l’économie politique : « Aun certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale.[1]»
Le capitalisme et ses larbins, principaux obstacles pour lutter contre la pandémie et maîtriser la suite
Alors que la situation sanitaire ne cesse d’empirer avec la diffusion rapide de nouveaux variants, le gouvernement est incapable de maîtriser l’épidémie. Il ne sait que multiplier les mesures contraignantes contre les populations des régions les plus touchées. Au couvre-feu à 18 heures appliqué dans tout le pays, aux confinements locaux comme à Nice, Castex a annoncé jeudi dernier une nouvelle série de mesures concernant une liste de « départements à risque » qui ne cesse de s’allonger… confinements les week-ends comme dans le département du Pas-de-Calais, extension du port du masque, fermeture de magasins mais aussi possibilité pour les préfets d’interdire toute manifestation au nom du risque sanitaire…
Il semble que le plus important soit donc de rester enfermé pendant les heures de repos ou de loisirs… pour que leur « monde d’avant », c’est-à-dire la machine à profit puisse continuer à tourner, même si tout est bousculé !
8 mars : la lutte pour les droits des femmes, un combat universel pour l’émancipation
« Je veux me battre partout où il y a de la vie » expliquait la militante féministe allemande, socialiste et communiste, Clara Zetkin [1] qui avait appelé à une journée internationale pour les droits des femmes lors de la Conférence internationale des femmes socialistes, en 1910 à Copenhague. Une journée de lutte que le gouvernement issu de la révolution russe sera le premier à officialiser le 8 mars 1921, il y a exactement 100 ans, en l’honneur des ouvrières de Petrograd qui s’étaient soulevées le 8 mars 1917, premier jour de la révolution russe.
Clara Zetkin a contribué, aux côtés de Rosa Luxembourg et d’Alexandra Kollontaï, à faire de la lutte pour ces droits un combat international et universel, de classe, partie intégrante de la lutte pour l’émancipation humaine, pour le renversement du capitalisme.
Nous sommes tous des « islamo-gauchistes »…, féministes et laïcs, démocratiques et révolutionnaires, internationalistes
Devant le déferlement hystérique contre les supposés « islamo-gauchistes », il prend l’envie de scander : « Nous sommes tous des « islamo-gauchistes » ! » à l’instar de celles et ceux qui scandaient en Mai 68 « Nous sommes tous des juifs allemands ! » en solidarité avec Cohn-Bendit, alors leader de la contestation étudiante, qualifié ainsi par le torchon d’extrême-droite Minute et Jean Marie Le Pen.
La campagne du pouvoir et des deux zélés ministres de l’enseignement, Blanquer et Vidal, vise à déconsidérer voire à préparer des poursuites judiciaires contre toutes celles et ceux qui ne se plieraient pas à leur loi « séparatiste ». Elle s’inscrit dans une offensive idéologique des forces réactionnaires, xénophobes et racistes, contre « l’ensemble des radicalités qui traversent notre société » selon la formule de Frédérique Vidal dans les colonnes du Journal du dimanche.
De Madrid à Barcelone, la révolte de la jeunesse unifie la contestation extraparlementaire de la monarchie et du capitalisme
Les résultats des élections du 14 février au Parlement de Catalogne ont été éclipsés, dès le mardi 16, par une flambée de manifestations de la jeunesse dans plusieurs villes d’Espagne, dont Madrid, et surtout Barcelone où elles se sont poursuivies pendant plus d’une semaine. Des milliers de jeunes sont descendus dans la rue et se sont affrontés à la police en réponse à l’arrestation d’un rappeur, Pablo Hasèl, condamné à neuf mois de prison pour avoir, dans ses tweets et ses chansons, fait prétendument l’« apologie du terrorisme » et « injure à la Couronne ».
A Barcelone, où la répression est menée par la police du gouvernement « indépendantiste », plus de 120 personnes ont été interpellées en quelques jours, dont 12 ce samedi, où la manifestation s’est une nouvelle fois terminée par de violents affrontements. Et peu importe que les jeunes qui manifestent pour la libération du rappeur et la liberté d’expression le fassent aussi pour celle des 9 indépendantistes, membres des partis au pouvoir en Catalogne emprisonnés pour sédition suite aux évènements de 2017 !
Du Mali à Paris, contre le terrorisme, l’obscurantisme et l’hystérie contre l’Islam, l’issue dépend de l’intervention des populations elles-mêmes
Mardi dernier, le jour même où les députés votaient à une écrasante majorité sa loi sur les « principes de la République », Macron annonçait à l'issue du sommet du G5 Sahel le maintien des 5100 soldats français de l'opération Barkhane en Afrique. Ainsi sont orchestrés, au nom de la lutte contre le terrorisme, les deux volets d’une même offensive, contre les travailleurs et les peuples. En faisant discuter et approuver ses lois liberticides et discriminatoires à l’égard des musulmans, en cherchant à faire taire toute opinion contestataire en la qualifiant d’islamo-gauchiste, le gouvernement cherche à semer dans l’opinion publique le poison raciste de la division et de la délation. Il crée un climat d’hystérie réactionnaire propice aux apprentis fascisants comme ce professeur de philosophie à Trappes qui a accusé sa ville d’être gangrenée par l’islamisme et a reçu le soutien de toute l’opinion réactionnaire dont celui de Blanquer.
Les classes dirigeantes retournent les conséquences de leur politique militariste et guerrière au service des multinationales, terreau du terrorisme, contre les travailleurs et la population.
Le Sénat américain acquitte Trump, les classes exploitées mettent en accusation la société de violence sociale et raciale dont il est le produit
Au final, la mascarade du coup de force du 6 janvier se termine en faveur de Trump que le Sénat a absout de l’avoir bafoué et ridiculisé. Son procès pour « incitation à l'insurrection » a accouché d’un acquittement bien qu’une majorité de 57 voix contre 43 se soit prononcée pour une condamnation. 7 Républicains se sont retournés contre leur boss mais il en aurait fallu 17 pour obtenir la majorité des deux tiers nécessaire pour qu’il puisse être condamné. Les institutions sont faites pour éviter tout excès démocratique !
Biden qui avait pris soin de garder ses distances, soucieux de préserver le dialogue avec les Républicains, s’est félicité avec beaucoup de retenue, « Même si le vote final n'a pas abouti à une condamnation, le fond de l'accusation n'est pas contesté ». Elle était difficilement contestable et n’a pas été réellement contestée. Les appels de Trump étaient sans ambiguïté depuis ses mises en garde répétées pendant des mois sur la volonté des Démocrates de lui voler sa victoire puis ses encouragements à ses troupes à « se battre comme des diables » et enfin son discours, alors que les deux chambres du Congrès se réunissaient afin de certifier l’élection de Biden, qui invitait ses supporters à manifester au Capitole : « Vous ne reprendrez jamais notre pays en étant faibles. Vous devez montrer de la force et vous devez être forts ! ».
Macron, Darmanin, Le Pen… Contre l'offensive réactionnaire rassembler les forces progressistes, démocratiques et révolutionnaires
Le personnel politique des classes dominantes rivalise dans la stigmatisation des pauvres, des travailleurs, des jeunes, des immigrés. Le racisme antimusulman s’étale, décomplexé, dans tous les journaux télés et en prime time, de C8 à France 2. A à peine plus d’un an de la Présidentielle et des Législatives, c’est à qui sera le plus « crédible », le plus à même d’instrumentaliser les préjugés pour tenter de dévoyer les colères que nourrissent les conséquences dramatiques du parasitisme des classes dominantes, leur violence et leur cynisme.
Le débat Le Pen-Darmanin jeudi, entre connivences, amabilités et rivalités a donné la mesure de l’offensive en cours et de la course engagée pour savoir qui prendra le leadership du bloc réactionnaire. Darmanin a fait le boulot pour son mentor, tenté de neutraliser Le Pen que des sondages, même s’ils sont à prendre avec précaution, placent au plus haut. Sans oublier de jouer sa propre carte, il s'est mis sur les rangs des postulants à la direction d’un probable rassemblement de la droite extrême et de l’extrême droite, se revendiquant de ses origines populaires face à la millionnaire du RN.
Depuis la rentrée, le gouvernement orchestre les surenchères réactionnaires et xénophobes. Texte de loi sur la « sécurité globale » adopté en novembre à l’Assemblée qui va désormais être débattu au Sénat ; loi séparatiste en cours d’adoption par les députés, article par article, au nom des « principes républicains » ; Beauvau de la « sécurité » pour faire « aimer la police » (!) ; longue interview de Darmanin dans le torchon d’extrême-droite Valeurs Actuelles cette semaine, multiples sorties médiatiques du même tonneau de sa consœur Schiappa et, ce jeudi, débat Darmanin-Le Pen sur la chaîne du « service public »…
La stigmatisation des musulmans et le racisme ne combattent pas le terrorisme mais renforcent toutes les extrêmes droites. Non à la République séparatiste des riches !
Depuis le 1er février, les députés discutent à l’Assemblée le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » dénommé initialement par Macron loi « séparatisme ». Dès les premières minutes, Darmanin qui en faisait la présentation a levé l’équivoque que contient le titre relativement « neutre » de la loi avec des images et des mots qui appartiennent au langage d’extrême droite : « Notre pays est malade. Il est malade d’un séparatisme dont le premier, le séparatisme islamiste, gangrène l’unité nationale. Après s’être attaqué au terrorisme, le Président de la République a souhaité diriger l’action de l’État et des pouvoirs publics contre ce qui en est le terreau ».
La laïcité, les droits des femmes pervertis et instrumentalisés
Sous couvert de la défense d’idées progressistes, l’égalité hommes-femmes censée être incarnée par Marlène Schiappa et la laïcité par Blanquer, le gouvernement met en place un arsenal juridique qui s’ajoute à celui déjà existant, instaurant de nouveaux délits censés combattre l’intégrisme mais qui, en réalité, flattent les préjugés racistes contre les musulmans. Il en est ainsi des articles de la loi qui mélangent dans une même condamnation le port du voile, de signes religieux dans les services publics, la polygamie, les menus à la cantine, les certificats de virginité ou la mixité dans les piscines.