Le nouveau record de température de 38°C atteint dans une ville de Sibérie située au Nord du cercle polaire ne vient que prolonger la série de records qui ont fait de la décennie qui s’achève la plus chaude jamais enregistrée. Cette accélération du réchauffement climatique malgré toutes les conférences sur le climat, ne fait que révéler l’incurie des Etats et des classes dominantes qu’ils servent, face à une des conséquences alarmantes des bouleversements écologiques provoqués par la mondialisation financière. La même incurie que celle révélée par la pandémie du Covid-19, une autre manifestation des ravages environnementaux qu’entraîne la fuite en avant d’un système globalement en faillite.

C’est dans ce contexte d’urgence écologique que jeudi 18 juin, la Convention citoyenne pour le climat, mise en place par Macron en avril 2019 comme une réponse à la révolte des Gilets Jaunes a présenté ses 150 propositions, avant de remettre, le dimanche suivant, à Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, un volumineux rapport de 600 pages pour « changer en profondeur la société ».

Une infirmière de 50 ans violemment interpellée par des policiers à la fin de la manifestation parisienne le 16 juin, mise en garde à vue et appelée à comparaître devant le tribunal pour « outrages » et « violences »... L’information et les vidéos, révélatrices du mépris du pouvoir à l’égard de celles et ceux qu’il appelait il y a quelques semaines encore les « héros en blouse blanche », ont révolté, scandalisé l’opinion. Les salarié.e.s de la Santé font en permanence l’expérience de ce mépris. Ainsi trois jours avant la journée du 16, était publié au journal officiel le décret sur la « prime covid ». Une véritable provocation quand les hospitaliers réclament depuis des mois de vraies augmentations de salaire ! Une prime réduite qui plus est, pour plus de la moitié des personnels, qui n’étaient pas en département rouge ou qui avaient été absents une partie des mois de mars et avril. Quant aux salarié.e.s des cliniques et Ehpad privés, si le gouvernement va au final leur verser la prime dans les mêmes conditions que dans le public, les patrons eux refusent le plus souvent de mettre la main à la poche. Les grèves et débrayages se multiplient. A Korian, le groupe a finalement promis une prime de 1500 euros à tous les salariés… suite à une journée de grève nationale fin mai.

Violence et mépris alimentent la colère à l’égard du pouvoir, la contestation sociale et politique.

« Sans ordre républicain, il n’y a ni sécurité, ni liberté. Cet ordre, ce sont les policiers et les gendarmes qui l’assurent… Ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation », « la République ne déboulonnera pas de statue » : avec ces affirmations dimanche dernier, Macron a voulu affirmer le soutien total de l’État aux forces de l’ordre, l’exiger de tous.

« Notre histoire est glorieuse et compliquée. Vouloir procéder à une forme d’épuration mémorielle me paraît aussi dangereux que vouloir procéder à d’autres types d’épuration », a renchéri celui qui s’apprête à devenir son rival, Édouard Philippe.

Voilà leur réponse sous forme de menace en défense de leur République issue d’un pillage esclavagiste et colonial, et dont il faudrait respecter la sinistre et sanglante histoire, face à la révolte de la jeunesse, en particulier de jeunes femmes de toutes les couleurs de peau, contre le racisme et les violences policières, pour exiger justice pour George Floyd, Adama Traoré et tous les autres !

Pas de scoop, ce dimanche soir, Macron ne s’est guère « réinventé ».  Il a tenté de reprendre la main, comme il avait, parait-il, envisagé de le faire en provoquant une élection présidentielle anticipée ! Il a tenté de se placer au dessus de la mêlée au nom de l’union nationale pour affronter la vague de mécontentement qui monte de partout, y compris au sein de sa police, alors qu’après avoir perdu la majorité au Parlement, son parti va vers une déroute aux municipales. Et l’imposteur n’hésite pas « en même temps » à soutenir sa police au service de « la loi et l’ordre » contre les classes populaires tout en prétendant rejeter le racisme et comprendre la jeunesse...

Ce mécontentement profond s’exprime dans la rue, au mépris de la loi d’urgence sanitaire qui prétend interdire les rassemblements de plus de 10 personnes. Les manifestations contre les menaces de fermeture ou de licenciements comme à Renault, les mobilisations contre la remise en cause d’acquis sociaux comme à Derichebourg près de Toulouse, la préparation de la journée de mobilisation pour la Santé mardi 16 en sont autant d’expression. De même que les multiples rassemblements contre les violences policières et le racisme suite au meurtre de George Floyd et pour exiger justice pour Adama Traoré, dont celui de samedi à Paris qui a été l’occasion pour le préfet Lallement de nouvelles provocations.

C’est une même contestation politique et sociale, démocratique qui sourd de partout.

Chômage et licenciements… La 2ème vague, celle du virus du profit, est bien là. Les discours sur la « relance » associés avec ceux sur le protectionnisme, le « patriotisme économique » vont bon train, cherchant à enrôler les travailleurs derrière une « unité nationale » au service exclusif des classes dominantes. Macron prend la pose en déclarant « il nous faut rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française » et, de son côté, Le Maire entend « rompre avec trente années où l’on a massivement délocalisé ». Montebourg, ex ministre de Hollande du « développement productif », essaye de jouer sa carte en jouant la même musique et ressort son livre sur le « made in France ».

Cette question revient aussi au centre des revendications du collectif « Plus jamais ça » et des 34 propositions de son « Plan de sortie de crise », appelant à la « relocalisation des activités » au nom de la « transition écologique et sociale ». Comme si la question de la production et des échanges se posait hors des rapports de force entre les classes, hors de la politique des capitalistes et des États à leur service. Comme si la situation actuelle n’exigeait pas une toute autre réponse que ces vieilles recettes institutionnelles au moment même où le parasitisme du capitalisme, de la concurrence pour les profits, éclate au grand jour.

Jeudi dernier, Macron avait convié à l’Elysée les dirigeants des organisations patronales et des confédérations syndicales pour lancer une nouvelle concertation destinée à « sauver l’emploi et les compétences », dixit Pénicaud. Un argument ou plutôt un prétexte pour verser des dizaines de milliards d’euros au patronat dont les grands groupes capitalistes récupèrent l’essentiel. Macron a précisé qu’il s’agissait de préparer -rien moins que ça- une « nouvelle ère ». Le clinquant de la formule cache mal l’étroitesse de l’objectif, Macron le dit lui-même, améliorer la « compétitivité » de l’économie, c’est-à-dire la rendre encore plus attractive pour les capitaux du monde entier grâce à une main d’œuvre toujours plus exploitée. En prime, pour celles et ceux qui n'auraient pas compris, il s'empresse d'insister, pas question de renier les réformes, y compris celle des retraites qu’il compte bien reprendre.

Depuis plus d’une semaine, les émeutes, les manifestations pacifiques, les démonstrations et prises de position de solidarité, des gestes de fraternisation de policiers avec les manifestants, une profonde vague de révolte et de contestation ébranle la première puissance mondiale et a gagné la planète entière. New York, Washington, Boston, Los Angeles, Philadelphie, Seattle…, après la mort de George Floyd, les manifestations contre les brutalités policières et le racisme se sont propagées dans au moins 140 villes américaines. Elles se sont amplifiées malgré le couvre-feu et la répression. Elles ont aussi gagné l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Brésil… Ici aussi, la rage s'est exprimée, principalement mardi dernier à Paris à l'occasion du rassemblement à l’appel du collectif Vérité pour Adama dont la jeunesse s'est emparée pour exprimer sa révolte. « Pas de justice, pas de paix ! », « Black lives matter » (« Les vies des Noirs comptent ») ou encore « Notre couleur de peau n’est pas un crime » sont le dénominateur commun de cette vague internationale, et, plus globalement, la révolte contre leur société de violence sociale et policière. Un mouvement d'une ampleur et d'une profondeur inédites, historiques.

« Sur le plan sanitaire, les nouvelles sont bonnes », se félicitait, sans gêne, le Premier ministre jeudi dernier en présentant la phase 2 du déconfinement. « Mais, ajoutait-il, gardons en tête que s’ouvre aujourd’hui un nouveau front et que le pays va devoir se battre contre l’impact d’une récession historique. ». Philippe nous refait le coup de la guerre et de l’union nationale, comme si le gouvernement avait fait autre chose depuis le début de l’épidémie que mener la guerre à la population pour servir les seuls intérêts du capital. Dans le confinement comme dans le déconfinement et la débâcle économique qui s’annonce, c’est la même hypocrisie qui prétend servir les intérêts communs de toute la population pour tenter de faire accepter une politique égoïste de classe.

La démagogie des imposteurs au pouvoir ne résiste pas à la réalité, aux faits. Leur politique, c’est les 5 milliards de prêts bancaires accordés à Renault non seulement sans la moindre contre-partie pour les salariés mais avec 4600 licenciements en France et 15000 dans le monde à la clé ! Des subventions aux grands groupes capitalistes pour les aider à licencier ! Les salariés de l’usine du groupe à Maubeuge ou des Fonderies de Bretagne ne s’y sont pas trompés en faisant grève et en manifestant massivement dès l’annonce de ce mauvais coup.

Leur politique, c’est aussi, au nom du risque sanitaire -quelle hypocrisie- l’interdiction de la Marche des Solidarités samedi dernier qui a réussi à se tenir et a rassemblé des milliers de sans-papiers, de migrants et de militants qui ont imposé leur droit à manifester malgré les violences policières.

« Attac, Oxfam, Greenpeace, la Confédération paysanne et la CGT présentent 34 mesures communes pour répondre à la crise née du Covid-19. Du NPA au PS, en passant par les Verts et La France insoumise, on s’intéresse de près à cette démarche ‘historique’ », pouvait-on lire dans un article publié sur Médiapart, en date du 26 mai, intitulé « De la CGT à Greenpeace, la société civile bouscule la gauche ». Certes, la démarche, initiée dans la foulée de l’appel des 18, « Plus jamais ça », est inédite dans sa forme mais le fond, lui, est dans la continuité de la politique de la gauche institutionnelle, syndicale et politique.

Cette initiative participe de l’agitation, accélérée par la crise sanitaire, qui gagne cette gauche à la recherche de son unité perdue et d’un programme introuvable pour tenter de profiter de l’effondrement annoncé d’un pouvoir de plus en plus discrédité, divisé au point de perdre sa majorité parlementaire.

Le Gouvernement a donc tranché : le deuxième tour des municipales aura lieu le 28 juin, du moins si l’épidémie n’a pas redémarré… Alors que personne ne peut dire quelle sera la situation dans les prochaines semaines, alors que le conseil scientifique a refusé de leur donner un blanc-seing, rien de plus urgent semble-t-il pour le gouvernement que de donner satisfaction aux politiciens qui briguent leur réélection. Si on peut imaginer que Philippe est pressé de rebriguer son fauteuil du Havre qui pourrait lui donner l’occasion de prendre ses distances avec Macron, il s’agit avant tout pour le gouvernement de satisfaire les impatiences de celles et ceux qui sont et seront ses relais locaux pour mener la politique de « relance » dans « leurs territoires », c’est-à-dire les attaques contre le monde du travail. La probable abstention massive serait un juste retour des choses…

Cet empressement tranche avec l’attitude du pouvoir vis-à-vis des travailleurs de la santé et de l’hôpital. Plus de deux mois après les promesses de Macron à Mulhouse, au plus fort de l’épidémie et de la crise hospitalière, toujours rien à part la promesse d’une prime, d’un défilé et d’une médaille pour les hospitaliers… et l’annonce par Véran d’un projet d’« assouplissement des 35h » et d’une possible remise en cause du « cadre unique de la Fonction publique ».